Havasupai ? L’envers du décor d’un des plus beaux endroits au monde

🇬🇧 This article is also available in English — read it here.

Plus de 5,5 millions de touristes passent chaque année par le Grand Canyon au nord de l’Arizona. Seuls quelques initiés connaissent pourtant ce lieu caché au fond du Grand Canyon en plein milieu de la réserve amérindienne Havasupai.

La signification du nom de la tribu Havasupai n’est certes pas usurpée « peuple des eaux bleu-vert ». Je n’ai jamais vu ailleurs ce mélange de turquoise et de couleur ocre. Havasupai Falls est un endroit tenu secret depuis de nombreuses années. Il est loin de la civilisation et à une quinzaine de kilomètres de Hualapai Hilltop et de la route la plus proche. La seule manière d’y arriver est de prendre un hélicoptère, de faire la randonnée à pied ou encore de monter un cheval ou un mulet.

Grand Canyon

Quelques heures à pied dans le canyon et les chutes de Havasupai apparaissent. Elles achèvent de manière magnifique, après plus de 30 mètres de descente, leur course dans un lagon du plus beau turquoise.

J’ai longtemps cru que le secret de l’endroit s’expliquait en grande partie par la réticence de la tribu indienne à accueillir sur ses terres des touristes. À mon grand désarroi, j’ai complètement changé d’avis lorsque je m’y suis rendue.

L’accès aux chutes a un prix, et je ne veux pas parler que d’argent mais bien de motivation pour y arriver et de souffrance animale.

Au-delà de la noblesse naturelle du Canyon, il existe une vérité beaucoup moins glorieuse. Un incroyable contraste entre la beauté à l’état sauvage et le taudis le plus glauque. Depuis de nombreuses années, des dizaines de chevaux et mulets sont frappés, négligés, maltraités, trop chargés. Il semblerait que les abus soient récurrents malgré les centaines de mails envoyés par les touristes. Sur le site de l’association Save the Havasupai Horses on peut voir de nombreuses photographies de chevaux amaigris et en grande détresse. Il ressort clairement que l’ampleur des abus constatés ne permet pourtant pas de changer quoi que ce soit.

Rappelons que Havasupai est entièrement géré par une tribu indienne. On pourrait penser que ces peuplades opprimées depuis si longtemps garderaient le contact avec la nature comme le faisaient leurs ancêtres et respecteraient les animaux avec qui ils ont partagé tant d’histoire. Je ne ferais pas l’amalgame, j’ai d’ailleurs écrit plusieurs articles sur les peuplades amérindiennes, mais je ne vais pas me taire pour autant. Outre les beaux paysages, je ne peux oublier la vue des indiens obèses et rustres, des détritus qui jonchent le sol du village de Supai (et ce ne sont pas des déchets laissés par les touristes), et avant tout les chevaux aux blessures apparentes et non soignées.

Animal abuse Havasu

Quand on rentre dans le village de Supai, la première impression c’est la saleté et l’hostilité. Je pense que je devais avoir un dollar collé sur le front. On sent que la seule raison de votre présence est de vous faire sortir de l’argent de votre poche.

Étonnant quand on sait que la première source de revenus est le tourisme.

Je me suis sentie coupable et indirectement complice, même si je n’ai pas demandé un transport de mes bagages ni monté l’une de ces pauvres bêtes. Je me demandais que faire tout en sachant que je n’avais aucun moyen d’aider. Aux États-Unis, les tribus amérindiennes reconnues au niveau fédéral disposent de pouvoirs inhérents d’autogouvernement. La réserve Havasupai est gouvernée par le Havasupai Tribal Council ; le Bureau of Indian Affairs, qui dépend du département de l’Intérieur des États-Unis, exerce certaines responsabilités fédérales et fournit certains services, mais ne « gère » pas simplement la réserve à la place de la tribu. Vers qui se plaindre et surtout où ?

Ce n’est qu’après ma visite, en cherchant sur internet, que j’ai vu que de nombreuses plaintes (pour la plupart classées sans suite) avaient été déposées. Comment de telles choses sont-elles possibles dans un pays qui se proclame première puissance au monde ?

Sur le compte Instagram de l’association, vous trouverez de la documentation postée par les touristes. N’hésitez pas à y aller jeter un coup d’œil si vous avez le cœur solide.

Avis aux amis européens et autres : aller voir les chutes ? Oui. Cautionner le comportement extrêmement violent des personnes en charge des chevaux et mules transportant les bagages des touristes aux chutes Havasupai ? Non, non et non ! Refusez le transport de vos bagages, prenez des photographies et partagez-les surtout.

Même si nous sommes souvent impuissants, le fait de diffuser l’information forcera peut-être les autorités à se poser des questions et à enfin agir. Dans mon cas, je n’y retournerai que lorsque je serai enfin certaine que des mesures répressives sont prises sur base de contrôles réguliers très stricts.

Merci aux nombreux bénévoles qui se battent pour donner à ces chevaux et mules un avenir meilleur. Espérons qu’au pays où tout est possible, certains prennent conscience que le cheval n’est pas un objet et doit être traité avec respect.


Havasupai: the darker side of one of the most beautiful places in the world

More than 5.5 million tourists pass through the Grand Canyon in northern Arizona each year. Yet only a few know about this place hidden deep within the Grand Canyon, in the middle of the Havasupai Reservation.

The meaning of the Havasupai tribe’s name is certainly appropriate: “people of the blue-green waters”. I have never seen this mixture of turquoise and ochre anywhere else. Havasupai Falls remained something of a secret for many years. It is far from civilisation, around fifteen kilometres from Hualapai Hilltop and the nearest road. The only ways to get there are by helicopter, on foot, or on horseback or mule.

Grand Canyon

After several hours on foot through the canyon, the Havasupai waterfalls appear. They end their course magnificently, after a drop of more than 30 metres, in a lagoon of the most beautiful turquoise.

For a long time, I believed that the secrecy surrounding the place was largely explained by the tribe’s reluctance to welcome tourists onto its land. To my great dismay, I completely changed my mind when I went there myself.

Access to the falls comes at a price, and I am not talking only about money, but also about the motivation required to get there and about animal suffering.

Beyond the natural nobility of the canyon lies a far less glorious reality. An incredible contrast between wild beauty and the bleakest squalor. For many years, dozens of horses and mules have been beaten, neglected, mistreated and overloaded. It would appear that the abuse is recurrent despite hundreds of emails sent by tourists. On the website of the organisation Save the Havasupai Horses, you can see numerous photographs of emaciated horses in great distress. It seems clear that even the scale of the abuse observed has not been enough to change anything.

Let us remember that Havasupai is entirely governed by a Native American tribe. One might imagine that peoples oppressed for so long would have retained the connection with nature that their ancestors had and would respect the animals with whom they have shared so much history. I am not going to generalise; I have written several articles about Native American peoples, but I am not going to remain silent either. Beyond the beautiful landscapes, I cannot forget the sight of obese and rude Native Americans, the rubbish littering the ground in the village of Supai (and this was not rubbish left by tourists), and above all the horses with visible, untreated wounds.

Animal abuse Havasu

When you enter the village of Supai, the first impression is one of dirt and hostility. I felt as though I must have had a dollar sign stuck to my forehead. You get the feeling that the only reason for your presence is to get money out of your pocket.

Surprising when you know that tourism is the main source of income.

I felt guilty and indirectly complicit, even though I had neither asked for my luggage to be transported nor ridden one of these poor animals. I wondered what I could do while knowing that I had no way of helping. In the United States, federally recognised Native American tribes retain inherent powers of self-government. The Havasupai Reservation is governed by the Havasupai Tribal Council; the Bureau of Indian Affairs, part of the US Department of the Interior, has certain federal responsibilities and provides certain services, but does not simply “manage” the reservation in place of the tribe. Who could I complain to, and above all, where?

It was only after my visit, while searching online, that I discovered that numerous complaints had been filed, most of them apparently going no further. How can such things be possible in a country that proclaims itself the world’s leading power?

On the organisation’s Instagram account, you will find documentation posted by tourists. Have a look if you have a strong stomach.

A word to my European friends and others: go and see the waterfalls? Yes. Support the extremely violent behaviour of the people responsible for the horses and mules carrying tourists’ luggage to Havasupai Falls? No, no and no! Refuse to have your luggage transported, take photographs and above all share them.

Even if we often feel powerless, spreading the information may perhaps force the authorities to ask questions and finally take action. In my case, I will only return when I am finally certain that punitive measures are being taken on the basis of very strict, regular inspections.

Thank you to the many volunteers fighting to give these horses and mules a better future. Let us hope that in the country where anything is possible, some people come to understand that a horse is not an object and must be treated with respect.

🇫🇷 Lire la version française