Voyager seule pour une femme : quels pays éviter ?

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Quels pays une femme devrait-elle Ă©viter lorsqu’elle voyage seule ? La question paraĂźt simple. La rĂ©ponse ne l’est pas. Les classements qui circulent sur Internet donnent volontiers un top 10 des pays « les plus dangereux pour les femmes ». Le problĂšme est qu’ils mĂ©langent souvent sĂ©curitĂ© des habitantes, droits des femmes, criminalitĂ©, guerre, terrorisme et expĂ©rience rĂ©elle d’une voyageuse Ă©trangĂšre. Ce ne sont pas les mĂȘmes choses.

La premiĂšre version de cet article citait notamment une enquĂȘte de la Thomson Reuters Foundation publiĂ©e en 2018. Elle interrogeait des experts sur les pays considĂ©rĂ©s comme les plus dangereux pour les femmes selon plusieurs critĂšres — violences sexuelles, santĂ©, pratiques culturelles, traite des ĂȘtres humains, etc. Elle n’était pas conçue comme un classement touristique des destinations oĂč une femme ne devrait jamais voyager seule. La reprendre aujourd’hui comme telle serait donc trompeur.

Un pays peut ĂȘtre difficile pour les femmes sans ĂȘtre interdit aux voyageuses

Prenons l’Inde, souvent placĂ©e en tĂȘte de ce type de listes. Les autoritĂ©s belges indiquent actuellement qu’à condition de respecter les prĂ©cautions d’usage, il est gĂ©nĂ©ralement possible d’y voyager en sĂ©curitĂ©. Elles signalent cependant spĂ©cifiquement des cas de harcĂšlement et d’agressions sexuelles envers des Ă©trangĂšres et recommandent aux femmes seules des prĂ©cautions supplĂ©mentaires. Certaines rĂ©gions, notamment le Jammu-et-Cachemire et certaines zones frontaliĂšres, font en outre l’objet de recommandations beaucoup plus strictes.

VoilĂ  toute la diffĂ©rence entre une analyse utile et un classement viral. Dire « l’Inde est le pays le plus dangereux pour une femme » ne vous apprend presque rien sur un voyage Ă  Delhi, au Rajasthan, au Kerala ou dans une rĂ©gion dĂ©conseillĂ©e. Le risque dĂ©pend de l’endroit, du moment, du type de dĂ©placement, de l’heure, du moyen de transport et parfois de la situation politique du jour.

Les vieux classements vieillissent trĂšs mal

L’ancienne version de cet article citait aussi l’Égypte, le Maroc, la JamaĂŻque, le PĂ©rou, les Bahamas, la Colombie, l’Équateur, la Turquie et le Guatemala Ă  partir d’articles et classements datant principalement de 2017 et 2018. Huit ou neuf ans plus tard, les prĂ©senter dans le mĂȘme ordre n’aurait plus beaucoup de sens. Une destination peut connaĂźtre une amĂ©lioration de la sĂ©curitĂ©, une crise politique, une guerre, une vague de criminalitĂ© ou au contraire une stabilisation en quelques mois.

Cela ne signifie pas que tous les pays prĂ©sentent le mĂȘme niveau de risque. Certains territoires sont dĂ©conseillĂ©s par les autoritĂ©s en raison de conflits armĂ©s, d’enlĂšvements, de terrorisme ou d’une situation sĂ©curitaire extrĂȘmement instable. Mais la bonne question n’est pas « quelle place ce pays occupait-il dans un classement Forbes il y a huit ans ? ». La bonne question est : « que disent aujourd’hui les conseils officiels pour la rĂ©gion exacte oĂč je vais ? »

Voyager seule demande surtout une autre préparation

Une femme seule n’a pas besoin de partir en considĂ©rant chaque inconnu comme une menace. Elle a en revanche intĂ©rĂȘt Ă  prĂ©parer davantage certains dĂ©tails : arrivĂ©e Ă  l’hĂŽtel, transports de nuit, quartiers Ă  Ă©viter, tenue adaptĂ©e aux usages locaux, accĂšs Ă  Internet, batterie du tĂ©lĂ©phone, assurance, numĂ©ros d’urgence et moyen de paiement de secours. Dans certaines destinations, rĂ©server un chauffeur ou un taxi via l’hĂŽtel ou une application reconnue est plus prudent que de monter dans le premier vĂ©hicule disponible.

Il est Ă©galement utile de transmettre son itinĂ©raire Ă  une personne de confiance, d’éviter d’exposer inutilement bijoux et objets coĂ»teux, de surveiller sa boisson et de ne pas accepter de transporter les bagages d’un inconnu. Ces prĂ©cautions ne sont d’ailleurs pas exclusivement fĂ©minines : beaucoup relĂšvent simplement du bon sens lorsque l’on voyage seul.

Respecter les codes locaux sans rendre les femmes responsables du comportement des autres

Dans certains pays ou lieux religieux, couvrir Ă©paules et jambes est une marque de respect culturel et peut aussi Ă©viter une attention inutile. Il est utile de connaĂźtre ces codes avant de partir. Mais il faut ĂȘtre clair : une tenue ne rend jamais une femme responsable d’un harcĂšlement ou d’une agression. Adapter son comportement Ă  un contexte local est une stratĂ©gie de voyage, pas une justification du comportement de celui qui dĂ©passe les limites.

Alors, quels pays faut-il éviter ?

Ceux — ou plus souvent les rĂ©gions de ceux-ci — pour lesquels les conseils officiels dĂ©conseillent formellement le voyage au moment oĂč vous partez. Et cette liste doit ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e Ă  chaque voyage, pas copiĂ©e d’un article vieux de plusieurs annĂ©es. Pour une voyageuse belge, le SPF Affaires Ă©trangĂšres publie des conseils par pays et les actualise lorsque la situation Ă©volue. C’est beaucoup moins spectaculaire qu’un « top 10 des pays oĂč une femme risque sa vie », mais infiniment plus utile.

Voyager seule reste l’une des expĂ©riences les plus enrichissantes qui soient. La prudence ne consiste pas Ă  avoir peur de tout le monde ; elle consiste Ă  savoir oĂč l’on va, Ă  garder suffisamment de contrĂŽle sur ses dĂ©placements et Ă  reconnaĂźtre les situations dans lesquelles il vaut mieux ne pas insister. Le monde n’est ni totalement sĂ»r ni uniformĂ©ment dangereux. Et heureusement, il est beaucoup plus intĂ©ressant que les classements qui prĂ©tendent le rĂ©sumer.


Travelling alone as a woman: which countries should you avoid?

Which countries should a woman avoid when travelling alone? The question sounds simple. The answer is not. Online rankings readily produce a top ten of the “most dangerous countries for women”. The problem is that they often mix women’s safety as residents, women’s rights, crime, war, terrorism and the actual experience of a foreign female traveller. These are not the same thing.

The original version of this article referred to a Thomson Reuters Foundation survey published in 2018. It asked experts which countries were considered most dangerous for women according to criteria including sexual violence, health, cultural practices and human trafficking. It was not designed as a tourism ranking of destinations where a woman should never travel alone. Presenting it that way today would therefore be misleading.

A country can be difficult for women without being off-limits to female travellers

Take India, frequently placed near the top of such lists. Belgian authorities currently state that, provided normal precautions are observed, it is generally possible to travel safely in India. They do, however, specifically report harassment and sexual assaults involving foreign women and recommend additional precautions for women travelling alone. Certain regions, including Jammu and Kashmir and some border areas, are subject to much stricter advice.

That is the difference between useful risk assessment and a viral ranking. Saying “India is the most dangerous country for a woman” tells you almost nothing about a trip to Delhi, Rajasthan, Kerala or an area under a travel warning. Risk depends on the precise location, timing, type of journey, hour of the day, transport and sometimes the political situation that week.

Old rankings age very badly

The previous version also listed Egypt, Morocco, Jamaica, Peru, the Bahamas, Colombia, Ecuador, Turkey and Guatemala on the basis of articles and rankings dating mainly from 2017 and 2018. Eight or nine years later, presenting them in the same order would make little sense. A destination can experience improved security, political crisis, war, a crime wave or, conversely, stabilisation within a matter of months.

That does not mean every country carries the same level of risk. Some territories are subject to official warnings because of armed conflict, kidnapping, terrorism or extreme instability. But the useful question is not “where did this country rank in a Forbes article eight years ago?” It is “what does current official advice say about the precise region I intend to visit?”

Solo travel mainly requires a different kind of preparation

A woman travelling alone does not need to leave home treating every stranger as a threat. She may, however, benefit from preparing certain details more carefully: arrival at the hotel, night transport, neighbourhoods to avoid, clothing appropriate to local customs, internet access, phone battery, insurance, emergency numbers and a backup payment method. In some destinations, arranging a driver or taxi through the hotel or a recognised app is safer than taking the first available vehicle.

It is also sensible to share an itinerary with someone you trust, avoid unnecessarily displaying jewellery or expensive equipment, keep an eye on your drink and never agree to carry a stranger’s luggage. These precautions are not exclusively for women; many are simply common sense when travelling alone.

Respect local codes without making women responsible for other people’s behaviour

In some countries or religious sites, covering shoulders and legs is a mark of cultural respect and may also avoid unwanted attention. Knowing these conventions before travelling is useful. But one point should be clear: clothing never makes a woman responsible for harassment or assault. Adapting to a local context is a travel strategy, not a justification for somebody else’s behaviour.

So which countries should you avoid?

Those — or more often, the particular regions within them — for which official advice warns against travel at the time you intend to go. That list needs checking for every journey, not copying from an article written years ago. For Belgian travellers, the Federal Public Service Foreign Affairs publishes country-by-country advice and updates it as circumstances change. It is far less dramatic than a “top ten countries where women risk their lives”, but infinitely more useful.

Travelling alone remains one of the most rewarding experiences there is. Being cautious does not mean being frightened of everyone; it means knowing where you are going, retaining enough control over your movements and recognising situations in which it is wiser not to push your luck. The world is neither completely safe nor uniformly dangerous. Fortunately, it is far more interesting than the rankings that claim to summarise it.

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