🇬🇧 This article is also available in English — read it here.
Lorsque j’avais écrit cet article en 2018 après avoir vu un reportage sur les croisières en Antarctique, j’étais à la fois triste et en colère. Huit ans plus tard, le tourisme antarctique a encore énormément progressé. Le fond de mon inquiétude demeure, mais plusieurs chiffres et affirmations de l’article original nécessitaient une sérieuse mise à jour.
Le problème n’est pas qu’un être humain pose nécessairement le pied en Antarctique et « détruit » immédiatement le continent. Le problème est l’accumulation des pressions : nombre croissant de visiteurs, concentration sur quelques sites de la péninsule, émissions des navires, risque d’introduction d’espèces non indigènes ou d’agents pathogènes, perturbation de la faune et empreinte logistique. Dans un environnement où la récupération peut être très lente, la prudence n’est pas du luxe.

113 518 visiteurs avec les opérateurs IAATO en 2025-2026
Les chiffres actuels donnent une tout autre échelle au sujet. Pour la saison 2025-2026, l’International Association of Antarctica Tour Operators (IAATO) indique que 113 518 personnes ont voyagé avec ses membres : 85 195 visiteurs ayant débarqué, 27 217 passagers de croisières sans débarquement et 1 106 visiteurs participant à des activités dites « deep field ». On est très loin du tourisme confidentiel des premières décennies.

Il existe des règles — contrairement à ce que j’écrivais en 2018
L’ancien article affirmait qu’aucune norme internationale correcte ne réglementait réellement le tourisme. Cette formulation n’est plus défendable. Le Protocole environnemental du Traité sur l’Antarctique impose des principes de protection à toutes les activités, y compris touristiques, et le Code polaire de l’Organisation maritime internationale encadre la navigation dans les eaux polaires. Des mesures spécifiques et des lignes directrices encadrent également les débarquements et les visites.

Dans la pratique des opérateurs IAATO, les navires transportant plus de 500 passagers ne débarquent pas de passagers en Antarctique, et les débarquements des navires d’expédition sont organisés avec des limitations sur le nombre de personnes simultanément à terre. Cela ne signifie pas que tout risque environnemental a disparu ; cela signifie simplement qu’il est faux de présenter aujourd’hui le continent comme un espace touristique sans règles.

Alors, où est le problème ?
Dans l’échelle. Plus le nombre de visiteurs augmente, plus la biosécurité, le comportement autour des animaux, l’érosion locale, les émissions et la gestion simultanée des sites deviennent importants. Des bottes, vêtements, sacs ou équipements mal nettoyés peuvent transporter graines et micro-organismes. Les navires ajoutent leur propre empreinte carbone et un risque, même faible, d’accident ou de pollution dans un environnement où les secours sont complexes.
Je maintiens donc l’idée essentielle de l’article original : aller voir l’un des écosystèmes les plus fragiles de la planète crée une responsabilité particulière. En revanche, j’enlève les généralisations selon lesquelles tous les touristes seraient irresponsables ou tous les opérateurs négligents. Certains programmes touristiques contribuent à la science citoyenne et au suivi environnemental ; le débat sérieux porte sur la capacité du système à absorber une croissance aussi rapide sans banaliser progressivement l’Antarctique.
Et l’ours polaire de l’ancien article ?
Je l’ai supprimé. La photographie d’un ours polaire amaigri au Svalbard était émotionnellement forte, mais géographiquement hors sujet : les ours polaires vivent dans l’Arctique, jamais en Antarctique. Mélanger les deux régions affaiblissait précisément l’argument que l’article voulait défendre.
Le mot de la fin
Faut-il interdire le tourisme antarctique ? La question est plus complexe que je ne l’écrivais en 2018. Mais faut-il continuer à considérer une croissance presque sans fin du nombre de visiteurs comme anodine parce que les débarquements sont encadrés ? Certainement pas. L’Antarctique ne devrait jamais devenir une destination que l’on « consomme » simplement parce qu’elle figure sur une bucket list.
Mass tourism in Antarctica: how much pressure can a fragile ecosystem take?
When I first wrote this article in 2018 after watching a television report about Antarctic cruises, I was both sad and angry. Eight years later, Antarctic tourism has grown enormously. My underlying concern remains, but several figures and claims in the original article needed a serious update.
The problem is not that one human footstep automatically “destroys” Antarctica. It is cumulative pressure: growing visitor numbers, concentration at particular Peninsula sites, ship emissions, the risk of introducing non-native species or pathogens, wildlife disturbance and the logistical footprint of tourism. In an environment where recovery can be exceptionally slow, caution matters.

113,518 visitors with IAATO operators in 2025–26
For the 2025–26 season, the International Association of Antarctica Tour Operators reported 113,518 people travelling with its members: 85,195 landed visitors, 27,217 cruise-only visitors and 1,106 deep-field visitors. Antarctic tourism is no longer a tiny niche.

There are rules — contrary to what I wrote in 2018
The original article suggested that Antarctic tourism operated without meaningful international protection. That is no longer a defensible description. The Antarctic Treaty’s Environmental Protocol applies environmental principles to tourism as well as other activities, while the International Maritime Organization’s Polar Code regulates polar shipping. Site guidelines and industry operating procedures further govern visits and landings.

Within IAATO operations, vessels carrying more than 500 passengers do not make tourist landings, and expedition-ship landings are managed with limits on how many people are ashore at once. Regulation does not remove environmental risk; it simply means Antarctica should not be described as an unregulated tourist free-for-all.

So where is the problem?
Scale. As visitor numbers rise, biosecurity, wildlife behaviour, local erosion, emissions and site management matter more. Poorly cleaned boots, clothing and equipment can transport seeds and microorganisms. Ships bring a carbon footprint and the possibility, however small, of accidents or pollution in a region where response is exceptionally difficult.
I therefore retain the central argument of the original article: visiting one of Earth’s most fragile environments carries a particular responsibility. I have removed the sweeping suggestion that all tourists are irresponsible or all operators negligent. The serious question is whether the system can absorb such rapid growth without gradually turning Antarctica into just another destination to consume.
Should Antarctic tourism be banned? The question is more complicated than I suggested in 2018. But should almost limitless growth in visitor numbers be treated as harmless simply because landings are regulated? Certainly not. Antarctica should never become somewhere we simply tick off a bucket list.
🇫🇷 Lire la version française
