Le tourisme de masse en Antarctique détruit un écosystème déjà fragilisé

Peut-être avez-vous vu ce reportage sur une chaîne française sur les croisières de masse en Antarctique. Je ne sais pas comment vous l’avez perçu mais moi, il m’a rendue triste et fâchée en même temps.

Sur les images, un gigantesque navire de croisière viole ce sanctuaire immaculé. A bord des centaines de personnes. J’ai été choquée de voir à quel point les touristes ne voyaient aucun mal à contaminer le fragile écosytème des lieux en échange d’une prise de vue originale.

Un responsable de la sécurité des passagers essaie de se donner bonne conscience en affirmant que « les touristes ne s’approchent pas à moins de 3 mètres des animaux », « qu’il se sent un peu coupable mais que les scientifiques apportent plus de virus que les touristes ». Dans la séquence suivante, on voit une dame à quelques centimètres d’un manchot confier à la caméra « Qu’elle sait être à moins de 3 mètres de l’animal mais qu’il ne faut pas le dire ». Encore quelques minutes plus tard, un jeune phoque curieux s’approche des touristes et on les entend dire « qu’il est impossible de respecter les 3 mètres si lui-même s’approche ».

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La triste réalité :

En 20 ans, la fréquentation des visiteurs a été multipliée par 10.  Pourtant la mise en garde des scientifiques est constante. L’équilibre écologique de l’Antarctique est fragile, la biodiversité du milieu fortement altérable.

Cela ne sera une surprise pour personne si je vous dis que plus de 32 % des touristes en Antarctique sont américains, les allemands réprésentent 15 %,  pour 10 % d’anglais.

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Aucune norme correcte de protection polaire internationale ne fixe la sécurité des navires et le nombre de personnes autorisées sur le site. Les bateaux entraînent des dépôts de carburant dont les dégâts sont irréversibles. Ils tracent des voies de passage et des sillons dans une banquise déjà affaiblie.

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Le code polaire élaboré par l’Organisation Maritime Internationale afin de « renforcer la sécurité de l’exploitation des navires et d’atténuer son impact sur les gens et l’environnement dans les eaux polaires, qui sont éloignées, vulnérables et peuvent être inhospitalières » entré en vigueur le 1er janvier 2017, est loin d’être suffisant pour la protection de l’écosystème.

L’absence de normes strictes est problématique lorsque l’on sait que les tours du monde et les croisières passent de plus en plus souvent en Antarctique.

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Dans le reportage télévisé, j’ai vu les zodiaques monter sur la glace et en repartir quand la solidité n’était pas suffisante pour débarquer un peu plus loin sur la banquise des centaines de personnes en mal de clichés à montrer à leurs amis.

Chaque petit pas de l’homme est désormais une catastrophe. Autrefois, les quelques visiteurs étaient des passionnés de la nature étudiant amoureusement la biodiversité.  Actuellement, les touristes sont à la recherche de ski nautique, de parapente, de plongées, bref de sensations fortes dans ce lieu qui sevrait rester vierge de toute impureté.

La péninsule antarctique est l’une des zones de notre planète qui se réchauffe le plus rapidement. On a tous en tête la video de cet ours polaire émacié sur la banquise fondante.   Une image qu’à l’avenir nous allons voir régulièrement malheureusement.

 

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Photographer Kerstin Langenberger’s image of a starving polar bear in Svalbard has become an icon of the threat of climate change.

Faut-il rappeler que les touristes risquent d’introduire des microbes ou de nouvelles espèces qui auront forcément un résultat désastreux sur le futur de la banquise ? Sans parler de possibles marées noires.

Imaginiez-vous un seul instant que les navires en sont déjà à se battre pour le meilleur emplacement comme cela se passe pour observer les pauvres animaux dans les réserves en Afrique.

Saviez-vous que 50 pays (*) ont autorité sur le continent de l’Antarctique ? Au lieu de profiter de la récession économique pour élaborer des plans très stricts encadrant le continent, ils n’ont rien fait. Depuis 1966, ils ont émis près de 30 recommandations en faveur du tourisme et 2 en limitant les accès. Précisons qu’aucune de ces 2 recommandations n’est entrée en vigueur.

La première recommandation de 2004 impose aux opérateurs touristiques de s’assurer à couvrir tout les frais d’éventuelles opérations de sauvetage en cas de problèmes. Seulement 11 des 28 pays ont marqué leur accord.  En 2009, un accord interdit aux bateaux ayant à bord plus de 500 passagers de débarquer leurs clients a été adopté par … 2 pays (Japon et Uruguay). N’est-ce pas scandaleux ? Encore plus frustrant, les Etats-Unis (pour rappel, les plus grands piétineurs du site blanc) n’ont signé aucune des deux propositions.

Monde, réveille toi ! Il est presque déjà trop tard.

(*) Les signataires initiaux du traité de l’Antarctique furent l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, la Belgique, le Chili, les États-Unis, la France, le Japon, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et l’URSS. N’importe quel membre des Nations unies ou autre État invité par la totalité des signataires peut s’y joindre. Plusieurs États ont d’ailleurs adhéré au traité depuis sa signature.