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Il fut un temps où le luxe se mesurait en mètres carrés, en cylindres sous le capot, en étoiles sur la façade d’un hôtel ou en zéros sur une étiquette.
Aujourd’hui, le véritable luxe est devenu beaucoup plus simple.
Qu’on vous fiche la paix.
Pouvoir ouvrir une fenêtre sans entendre quelqu’un hurler dans son téléphone. S’installer sur une terrasse sans subir la musique du voisin. Promener son chien sans slalomer entre les trottinettes. Partir quelques jours sans recevoir quinze messages commençant par « Désolée de te déranger pendant tes vacances, mais… ».
Le silence est devenu un produit de luxe. Et l’espace aussi.
Nous sommes de plus en plus nombreux… partout
Il y a du monde dans les rues, sur les routes, dans les magasins, dans les restaurants, dans les aéroports, dans les lieux touristiques et même dans ces petits coins secrets que nous avions naïvement cru être les seuls à connaître. Merci Instagram.
On réserve un hôtel « havre de paix » et on découvre cinquante transats alignés autour d’une piscine avec un DJ qui semble avoir personnellement déclaré la guerre au silence.
On part chercher l’authenticité dans un petit village et on retrouve une file d’attente devant le café que TikTok a décidé de rendre incontournable.
Même la nature commence parfois à ressembler à un parc d’attractions.
Et le problème n’est pas seulement qu’il y ait davantage de monde.
C’est que nous semblons avoir progressivement perdu une notion essentielle : les autres existent.
L’incivilité ordinaire
Je ne parle même pas des grandes incivilités. Je parle de toutes ces petites choses qui, prises séparément, semblent insignifiantes.
La personne qui bloque une entrée parce que « j’en ai pour deux minutes ». Le voisin qui considère que si sa musique lui plaît, elle doit forcément plaire à tout le quartier. Celui qui laisse son chien aboyer pendant une heure parce que, manifestement, le concept de nuisance sonore ne concerne que les chiens des autres. Les conversations en haut-parleur dans les lieux publics. Les déchets abandonnés à cinquante centimètres d’une poubelle. Les voitures garées n’importe comment. Les gens qui vous bousculent sans même remarquer votre existence. Les enfants qui courent entre les tables d’un restaurant pendant que leurs parents savourent tranquillement leur dîner.
Et cette merveilleuse phrase devenue universelle :
« Ce n’est pas grave. »
Non.
Ce n’est effectivement jamais très grave. Mais mille « ce n’est pas grave » finissent par rendre la vie franchement pénible.
Le paradoxe du luxe
Ce qui est amusant, c’est que nous avons longtemps associé le luxe à l’abondance. Plus grand. Plus cher. Plus spectaculaire. Plus exclusif.
Mais pourtantz ce que vendent aujourd’hui les établissements les plus haut de gamme, c’est de l’espace, de l’intimité, une plage privée, une villa isolée, une piscine où personne ne vient poser sa serviette à quinze centimètres de la vôtre, un transfert privé pour ne pas attendre, un restaurant avec suffisamment d’espace entre les tables pour ne pas connaître, à la fin du dîner, les problèmes conjugaux du couple assis à côté.
Finalement, que vend le luxe aujourd’hui ?
L’absence des autres.
Ou, pour être plus juste, la possibilité de choisir quand nous voulons leur présence.
Je n’ai rien contre les gens
Cette phrase est généralement suivie d’une démonstration prouvant exactement le contraire.
Mais non, je n’ai rien contre les gens.
J’aime discuter avec des inconnus. J’aime les restaurants animés, les marchés, les villes, les voyages, les rencontres improbables et les endroits où il se passe quelque chose.
Ce que j’aime moins, c’est être obligée de subir les autres en permanence. Il y a une énorme différence entre la vie et le vacarme. Entre l’animation et l’envahissement. Entre partager un espace et se l’approprier. On peut vivre entouré de personnes tout en respectant leur tranquillité.
Cela porte d’ailleurs un nom extrêmement compliqué :
le savoir-vivre.
Une maison ne suffit plus
Pendant longtemps, avoir une belle maison dans un beau quartier semblait être une garantie de tranquillité.
Je n’en suis plus certaine.
On peut habiter dans un quartier résidentiel cher et découvrir progressivement que le prix du mètre carré ne garantit ni l’éducation, ni la discrétion, ni le respect des autres.
Et c’est peut-être cela qui est le plus frustrant.
Vous pouvez choisir votre maison.
Vous pouvez choisir votre jardin.
Vous pouvez choisir votre décoration.
Vous pouvez même choisir l’orientation de votre terrasse.
Mais vous ne choisissez pas toujours ceux qui vivent autour.
Et un seul voisin particulièrement envahissant peut faire davantage pour diminuer votre qualité de vie qu’une cuisine datant de 1992. La cuisine, au moins, on peut la remplacer.
Le nouveau signe extérieur de richesse
Peut-être que dans quelques années, nous ne demanderons plus :
« Elle fait combien de mètres carrés, ta maison ? »
Mais :
« Tu entends tes voisins ? »
Et la réponse ultime sera :
« Quels voisins ? »
Voilà peut-être le nouveau luxe.
Pas forcément une montre hors de prix.
Pas nécessairement une voiture avec 600 chevaux dont 580 resteront coincés dans les embouteillages.
Pas même une suite dans un palace.
Mais un endroit où l’on peut s’asseoir, regarder ses chiens courir dans le jardin, entendre quelques oiseaux et constater avec bonheur que, pendant quelques heures au moins… personne ne nous demande rien.
Finalement, le luxe absolu n’est peut-être pas de pouvoir tout s’offrir.
C’est de pouvoir s’offrir la paix.

The real luxury today is being left in peace
There was a time when luxury was measured in square metres, cylinders under the bonnet, stars on the façade of a hotel or zeros on a price tag.
Today, true luxury has become much simpler.
Being left in peace.
Being able to open a window without hearing someone shouting into their phone. Sitting on a terrace without having to endure the neighbour’s music. Walking your dog without weaving between electric scooters. Going away for a few days without receiving fifteen messages beginning with, “Sorry to bother you while you’re on holiday, but…”
Silence has become a luxury product. And so has space.
There are more and more of us… everywhere
There are people in the streets, on the roads, in shops, restaurants, airports, tourist attractions and even in those little secret places we had naively believed we were the only ones to know about. Thank you, Instagram.
You book a hotel described as a “haven of peace” and discover fifty sun loungers lined up around a swimming pool, accompanied by a DJ who appears to have personally declared war on silence.
You set off in search of authenticity in a little village, only to find a queue outside the café that TikTok has decided everyone absolutely must visit.
Even nature is sometimes beginning to resemble a theme park.
And the problem is not simply that there are more people.
It is that we seem gradually to have forgotten one essential concept: other people exist.
Everyday inconsiderate behaviour
I am not even talking about serious antisocial behaviour. I mean all those little things that, taken individually, seem insignificant.
The person who blocks an entrance because “I’ll only be two minutes”. The neighbour who assumes that because he likes his music, the entire neighbourhood must surely enjoy it too. The one who lets his dog bark for an hour because, apparently, noise nuisance only applies to other people’s dogs. Loudspeaker conversations in public places. Rubbish abandoned fifty centimetres from a bin. Cars parked wherever their owners happen to fancy.
People who bump into you without even noticing your existence. Children running between restaurant tables while their parents peacefully enjoy their dinner.
And that wonderful phrase that seems to have become universal:
“It’s no big deal.”
No.
Individually, none of these things is usually a very big deal. But a thousand instances of “it’s no big deal” eventually make life thoroughly unpleasant.
The paradox of luxury
The amusing thing is that, for a very long time, we associated luxury with abundance. Bigger. More expensive. More spectacular. More exclusive.
And yet what the most luxurious establishments increasingly sell us today is space, privacy, a private beach, a secluded villa, a swimming pool where nobody puts their towel fifteen centimetres from yours, a private transfer so you do not have to wait, and a restaurant with enough distance between the tables that you do not know everything about the marital problems of the couple sitting next to you by the end of dinner.
So what does luxury actually sell today?
The absence of other people.
Or, to put it more accurately, the ability to choose when we want them around.
I have nothing against people
This sentence is generally followed by a demonstration proving precisely the opposite.
But no, I really have nothing against people.
I enjoy talking to strangers. I like lively restaurants, markets, cities, travelling, unlikely encounters and places where things are happening.
What I like rather less is being forced to endure other people constantly. There is an enormous difference between life and noise. Between liveliness and intrusion. Between sharing a space and taking it over. It is perfectly possible to live surrounded by other people while respecting their peace and quiet.
There is, incidentally, an extremely complicated name for this:
good manners.
A beautiful house is no longer enough
For a long time, having a beautiful house in a desirable neighbourhood seemed to guarantee peace and quiet.
I am no longer so sure.
You can live in an expensive residential neighbourhood and gradually discover that the price per square metre guarantees neither good manners, discretion nor respect for others.
And perhaps that is the most frustrating part.
You can choose your house.
You can choose your garden.
You can choose your interior.
You can even choose which way your terrace faces.
But you cannot always choose the people who live around you.
And one particularly intrusive neighbour can do more to diminish your quality of life than a kitchen dating from 1992. At least you can replace the kitchen.
The new status symbol
Perhaps, in a few years’ time, we will no longer ask:
“How many square metres is your house?”
But instead:
“Can you hear your neighbours?”
And the ultimate answer will be:
“What neighbours?”
Perhaps that is the new luxury.
Not necessarily an outrageously expensive watch.
Not necessarily a 600-horsepower car, 580 of which will remain trapped in traffic jams.
Not even a suite in a palace hotel.
But somewhere you can sit down, watch your dogs running around the garden, listen to a few birds and realise, with immense satisfaction, that for a few hours at least… nobody wants anything from you.
Ultimately, absolute luxury may not be the ability to afford everything.
It may simply be the ability to afford peace.
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