🇬🇧 This article is also available in English
Les Émirats arabes unis recèlent des trésors méconnus, chargés d’histoire et de mystère. Parmi eux, Al Jazeera Al Hamra, dans l’émirat de Ras Al Khaimah, est un lieu fascinant pour les amateurs d’histoire, d’architecture traditionnelle et, évidemment, de légendes de fantômes. Depuis Dubaï, comptez environ une heure à une heure et demie de route selon votre point de départ et la circulation.

Un village figé dans le temps
Al Jazeera Al Hamra était autrefois une prospère communauté côtière vivant notamment de la pêche, de la construction navale et surtout de la plongée et du commerce des perles. Contrairement à ce qu’indiquait la première version de cet article, le village n’a pas été fondé au XIVe siècle : les informations historiques actuelles situent l’établissement de la communauté entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, par la tribu Za’ab. Au début du XXe siècle, le village comptait environ 500 maisons et entre 2 500 et 3 000 habitants.

Les mystères, les djinns et les légendes

Impossible de parler d’Al Jazeera Al Hamra sans parler des djinns. Depuis des décennies, le village traîne derrière lui une réputation de lieu hanté. On raconte que des bruits étranges résonnent dans les maisons désertées, que des présences se manifestent dans les ruelles et que certains auraient aperçu ou ressenti ces êtres surnaturels profondément ancrés dans le folklore arabe. Les récits sont suffisamment nombreux pour avoir attiré au fil des années curieux, chasseurs de fantômes et amateurs de sensations fortes.
Et le plus intéressant est que ces histoires ne viennent pas uniquement des touristes. D’anciens habitants eux-mêmes ont raconté des histoires de djinns. L’un d’eux expliquait même que sa famille avait quitté le village à cause d’eux et évoquait les bruits que l’on pouvait entendre la nuit. D’autres anciens habitants rejettent au contraire totalement cette idée et affirment n’avoir jamais rien vu. Cette contradiction rend finalement la légende encore plus fascinante : même parmi ceux qui ont vécu ici, tout le monde n’est pas d’accord.
Le folklore local ne manque d’ailleurs pas de créatures : récits de djinns liés à la mer, esprits inquiétants et histoires transmises par les pêcheurs et les plongeurs de perles faisaient partie de l’imaginaire de la région. La réputation surnaturelle d’Al Jazeera Al Hamra est devenue si forte que le village a même servi de décor au film d’horreur Djinn, réalisé par Tobe Hooper et sorti en 2013, ce qui a encore renforcé son image de « village fantôme ».
Peut-on pour autant dire que les djinns ont réellement provoqué l’abandon du village ? Historiquement, non. Les habitants ont quitté progressivement Al Jazeera Al Hamra entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, dans un contexte de déclin de l’industrie perlière, de modernisation rapide et de nouvelles opportunités, notamment à Abu Dhabi. Mais cela n’empêche absolument pas la légende de vivre. Et, entre nous, un village fantôme sans ses djinns perdrait quand même une bonne partie de son charme.
Le chiffre d’environ 500 maisons correspond bien à la taille de la communauté au début du XXe siècle. En revanche, je n’ai pas trouvé de source suffisamment solide confirmant les « 2,8 kilomètres » donnés autrefois comme dimension du village ; je préfère donc retirer ce chiffre.
Si vous disposez de quelques heures, je vous recommande vivement le site. C’est l’un de ces endroits que les photographies ont du mal à restituer complètement.
Des gens vivent autour du site et certains habitants nous ont confié qu’il n’était pas rare de voir des personnes venir la nuit dans l’espoir d’apercevoir des fantômes ou des djinns. C’est leur témoignage, et il contribue évidemment à l’atmosphère particulière du lieu.
Je n’ai vu ni fantôme ni djinn. Il faudra donc revenir pour peut-être en apercevoir quelques-uns.

Une exploration fantomatique… mais aujourd’hui patrimoniale

Lors de notre visite, l’atmosphère était réellement étrange. On se surprenait parfois à se retourner pour vérifier que l’on était bien seul. Les maisons traditionnelles, les cours, les mosquées, le fort, le marché et les tours racontaient encore très clairement la vie d’une communauté qui avait prospéré grâce à la mer et aux perles.
Les constructions utilisent notamment la pierre de corail, la roche de plage fossilisée, le bois de mangrove et les troncs de palmier. Le site constitue aujourd’hui l’un des témoignages les plus précieux de l’architecture côtière traditionnelle des Émirats.
Mais Al Jazeera Al Hamra n’est plus simplement un « village abandonné » laissé à lui-même. Le site a fait l’objet d’importants travaux de restauration et se présente désormais officiellement comme Al Jazeera Al Hamra Heritage Village. Six maisons à cour ont notamment été restaurées derrière le fort, ainsi que d’autres bâtiments remarquables. Il figure également sur la liste indicative des Émirats arabes unis auprès de l’UNESCO.
Un lieu qui a également servi de décor
L’architecture d’Al Jazeera Al Hamra a attiré les productions audiovisuelles. Le village est notamment associé au film d’horreur Djinn de Tobe Hooper, sorti en 2013, et une ancienne documentation officielle de Ras Al Khaimah indique également qu’un ensemble de maisons à tours à vent a servi de décor à Dubai Television pour un drame historique.

Préservation et tourisme responsable
La préservation n’est donc plus seulement un projet envisagé : elle est déjà bien engagée. Le village accueille aujourd’hui visiteurs, ateliers et événements saisonniers. Les informations officielles 2026 indiquent des horaires différents selon la saison et recommandent une visite de jour, avec des chaussures confortables, de l’eau et une protection solaire.
Il est évidemment interdit d’emporter quoi que ce soit du site. Derrière son image de « village fantôme », Al Jazeera Al Hamra est avant tout un patrimoine historique fragile qu’il faut respecter.

Le mot de la fin
Al Jazeera Al Hamra reste pour moi l’un des trésors cachés des Émirats arabes unis et une alternative fascinante aux attractions ultramodernes de Dubaï. Son histoire, ses légendes, ses djinns et son architecture lui donnent une atmosphère très particulière. Les explications historiques permettent de comprendre pourquoi les habitants sont partis ; elles n’effacent pas pour autant les histoires que l’on raconte ici depuis des décennies. Et c’est précisément ce mélange entre réalité et légende qui rend le lieu aussi captivant.
Al Jazeera Al Hamra: the UAE’s Legendary Haunted Village
The United Arab Emirates is full of lesser-known treasures steeped in history and mystery. Among them, Al Jazeera Al Hamra, in the emirate of Ras Al Khaimah, is a fascinating place for anyone interested in history, traditional architecture and, naturally, ghost stories. From Dubai, allow roughly one to one and a half hours by car depending on your starting point and traffic.

A village frozen in time
Al Jazeera Al Hamra was once a prosperous coastal community whose inhabitants made their living from fishing, boat building and, above all, pearl diving and trading. Contrary to the original version of this article, current historical information dates the settlement to between the late sixteenth and early seventeenth centuries, established by the Za’ab tribe. By the early twentieth century, the village contained around 500 houses and between 2,500 and 3,000 residents.

Mysteries, djinn and legends

It is impossible to talk about Al Jazeera Al Hamra without talking about the djinn. For decades, the village has carried a reputation for being haunted. Stories tell of strange noises echoing through deserted houses, presences in the alleyways and people seeing or sensing supernatural beings deeply rooted in Arab folklore. The tales have been numerous enough to attract curious visitors, ghost hunters and thrill-seekers over the years.
Most intriguingly, these stories do not come only from tourists. Former residents themselves have told stories about djinn. One even said that his family had left the village because of them and spoke of strange noises heard at night. Other former residents completely reject the idea and insist they never saw anything. That contradiction arguably makes the legend even more fascinating: even among the people who actually lived here, there is no agreement.
Local folklore is rich in such creatures, with stories of sea djinn, unsettling spirits and tales passed down by fishermen and pearl divers forming part of the region’s imagination. Al Jazeera Al Hamra’s supernatural reputation became so strong that the village was even associated with the horror film Djinn, directed by Tobe Hooper and released in 2013, further reinforcing its image as a “ghost village”.
Can we therefore say that djinn genuinely caused the village to be abandoned? Historically, no. Residents gradually left Al Jazeera Al Hamra between the late 1960s and early 1970s amid the decline of the pearling industry, rapid modernisation and new opportunities, particularly in Abu Dhabi. But none of that prevents the legend from living on. And, between us, a ghost village without its djinn would lose a fair amount of its charm.
The figure of roughly 500 houses does correspond to the size of the community in the early twentieth century. I could not, however, find a sufficiently reliable source for the old claim that the village measured “2.8 kilometres”, so I prefer to remove it.
If you have a few hours to spare, I highly recommend the site. It is one of those places photographs struggle to convey fully.
People live around the site, and some residents told us that it was not unusual for people to come at night hoping to glimpse ghosts or djinn. That is their testimony, and it certainly contributes to the unusual atmosphere of the place.
I saw neither ghost nor djinn. So perhaps I shall have to return and try again.

A ghostly exploration… but now a heritage site

During our visit, the atmosphere genuinely felt strange. Every so often you found yourself turning around to make sure you really were alone. The traditional houses, courtyards, mosques, fort, market and towers still told the story of a community that once prospered through the sea and the pearl trade.
The buildings use materials including coral stone, fossilised beach rock, mangrove timber and date-palm trunks. Today the site is one of the most valuable surviving examples of traditional coastal architecture in the Emirates.
Al Jazeera Al Hamra, however, is no longer simply an “abandoned village” left untouched. Significant restoration work has taken place and the site is now officially presented as Al Jazeera Al Hamra Heritage Village. Six courtyard houses behind the fort are among the restored buildings, together with other important structures. The site is also on the United Arab Emirates’ UNESCO Tentative List.
A location that has also been used as a set
Al Jazeera Al Hamra’s architecture has attracted audiovisual productions. The village is notably associated with Tobe Hooper’s 2013 horror film Djinn, while older official Ras Al Khaimah documentation also records that a compound of wind-tower houses was used by Dubai Television as the set for a historical drama.

Preservation and responsible tourism
Preservation is therefore no longer merely a proposed project: substantial work has already taken place. The heritage village now hosts visitors, workshops and seasonal events. Official 2026 information gives different opening hours according to the season and recommends visiting during daylight, wearing comfortable shoes and bringing water and sun protection.
Visitors must of course not remove anything from the protected site. Behind its “ghost village” image, Al Jazeera Al Hamra is first and foremost a fragile historic heritage site that deserves respect.

A final word
Al Jazeera Al Hamra remains, for me, one of the hidden treasures of the United Arab Emirates and a fascinating alternative to Dubai’s ultra-modern attractions. Its history, legends, djinn and architecture give it a very distinctive atmosphere. Historical explanations help us understand why its inhabitants left, but they do not erase the stories that have circulated here for decades. And it is precisely this mixture of reality and legend that makes the place so captivating.
🇫🇷 Lire la version française
