Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum : le visionnaire qui a préparé le Dubaï moderne

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Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum, né en 1912 et décédé en 1990, est l’une des figures essentielles de l’histoire de Dubaï. Il en fut le souverain de 1958 à 1990, vice-président des Émirats arabes unis à partir de la création de la fédération en 1971, puis Premier ministre fédéral à partir de 1979. Lorsqu’on regarde le Dubaï actuel, il est facile d’attribuer son extraordinaire transformation aux dernières décennies. Pourtant, une grande partie de ses fondations a été posée bien avant, sous Sheikh Rashid.

Voir plus loin que le pétrole

L’une des grandes forces de Sheikh Rashid fut d’avoir compris que Dubaï ne pouvait pas construire son avenir uniquement sur le pétrole. Il faut d’ailleurs nuancer une idée souvent répétée : avant l’ère pétrolière, Dubaï était déjà une ville de commerçants et un port régional actif. Le pétrole, découvert à Dubaï dans les années 1960, a surtout fourni des moyens supplémentaires pour accélérer une stratégie fondée sur le commerce, les infrastructures et l’ouverture vers l’extérieur.

Plutôt que de considérer les grands travaux comme des dépenses, Sheikh Rashid les voyait comme des investissements capables de générer eux-mêmes de nouvelles activités. Cette logique paraît évidente lorsqu’on connaît le Dubaï d’aujourd’hui ; elle l’était beaucoup moins lorsque l’émirat disposait de moyens infiniment plus modestes.

Le Creek : creuser d’abord, récolter ensuite

L’un des exemples les plus célèbres est le dragage de Dubai Creek. Le chenal s’ensablait et limitait l’accès des bateaux de commerce. Sheikh Rashid décida de le faire draguer et aménager afin que des navires plus importants puissent y entrer. Le projet était coûteux pour le Dubaï de l’époque, mais l’augmentation du trafic maritime et des recettes commerciales lui donna raison.

Cette manière de penser deviendra presque une signature : créer l’infrastructure avant même que la demande ne paraisse suffisante, puis laisser cette infrastructure attirer le commerce et les investissements. C’est exactement la logique qui se retrouvera ensuite dans les ports, l’aéroport et de nombreux autres projets.

Port Rashid et Jebel Ali : des paris gigantesques

Port Rashid fut achevé avec 11 postes à quai en 1972 avant d’être porté à 35. Mais Sheikh Rashid voulait déjà aller beaucoup plus loin. En 1976, il donna ses instructions pour la construction de Jebel Ali, un port artificiel aux dimensions alors stupéfiantes. Le port fut achevé en 1979 et pensé non seulement pour le commerce maritime, mais également pour attirer des activités industrielles autour de lui.

La zone franche de Jebel Ali arrivera quelques années plus tard, en 1985. Elle appartient donc bien à l’héritage de la stratégie lancée sous Sheikh Rashid, même si sa mise en œuvre fut confiée à son fils Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum. C’est une distinction importante : le père avait posé les infrastructures et la philosophie économique ; la génération suivante allait les amplifier.

Routes, ponts et aéroport : construire une ville avant qu’elle n’existe vraiment

Le développement urbain de Dubaï est un autre témoignage de cette vision. L’aéroport de Dubaï ouvrit en 1960, à une époque où imaginer la ville comme l’un des plus grands carrefours aériens du monde aurait paru pour le moins audacieux. Routes, ponts, réseaux d’eau et d’électricité et équipements publics accompagnèrent progressivement la croissance de la ville.

L’idée n’était pas simplement d’embellir Dubaï. Il fallait permettre aux marchandises, aux entreprises et aux personnes de circuler. C’est cette combinaison entre port, aéroport, routes et environnement favorable au commerce qui a progressivement donné à l’émirat un avantage dépassant largement ses ressources naturelles.

Éducation, santé et transformation de la société

Le développement ne se limitait évidemment pas aux grues et aux ports. La période de Sheikh Rashid fut également celle d’une expansion considérable des écoles, des services de santé, du logement et des équipements publics. Dubaï passait rapidement d’une petite ville commerçante du Golfe à une cité moderne, et cette transformation nécessitait une population mieux formée et des infrastructures sociales adaptées.

L’éducation des filles et des femmes s’est elle aussi développée pendant cette période, parallèlement à l’extension générale de l’enseignement dans les États de la Trêve puis dans les Émirats arabes unis. Plutôt que d’attribuer à un seul homme toute l’évolution de l’alphabétisation ou de la condition féminine, il est plus juste de replacer Sheikh Rashid parmi les dirigeants qui ont accompagné et financé cette profonde modernisation sociale.

Avec Sheikh Zayed, construire une fédération

Son rôle dépasse largement Dubaï. Lorsque le Royaume-Uni annonça son retrait de la région, Sheikh Rashid et Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, souverain d’Abu Dhabi, se rencontrèrent pour envisager une union. En février 1968, Dubai et Abu Dhabi conclurent un accord d’union qui allait servir de point de départ au processus fédéral.

Le 2 décembre 1971, les Émirats arabes unis furent créés par six émirats ; Ras Al Khaimah les rejoignit en 1972. Sheikh Rashid devint vice-président de la nouvelle fédération en 1971. Le 30 avril 1979, il fut chargé de former le quatrième gouvernement fédéral et devint Premier ministre, fonction qu’il conserva jusqu’en 1990. Son partenariat avec Sheikh Zayed est donc indissociable des premières décennies de l’État émirati.

Un héritage que l’on traverse encore aujourd’hui

L’héritage de Sheikh Rashid n’est pas abstrait. Lorsque l’on traverse Dubai Creek, que l’on atterrit à Dubai International Airport, que l’on voit les porte-conteneurs de Jebel Ali ou que l’on observe l’importance du commerce dans l’économie de l’émirat, on retrouve encore les grands choix effectués sous son règne.

Il n’a évidemment pas construit seul le Dubaï que nous connaissons aujourd’hui. Ses fils et les générations suivantes ont lancé leurs propres projets, parfois à une échelle encore plus spectaculaire. Mais il avait installé quelque chose de plus important qu’une série de bâtiments : une manière de penser le développement, où l’infrastructure précède la croissance au lieu de simplement la suivre.

Le mot de la fin

Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum reste donc bien davantage qu’un nom de l’histoire des Émirats. Il a gouverné Dubaï pendant trente-deux années au cours desquelles l’émirat est passé d’une ville commerçante aux ressources limitées à un centre régional doté d’un port majeur, d’un aéroport et d’infrastructures capables de soutenir une croissance beaucoup plus ambitieuse.

Le Dubaï spectaculaire d’aujourd’hui n’existait pas encore lorsqu’il est mort en 1990. Pourtant, beaucoup de ce qui allait le rendre possible était déjà là. C’est probablement la meilleure définition d’un visionnaire : ne pas simplement construire pour le présent, mais préparer une ville que les autres ne voient pas encore.


Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum: the Visionary Who Prepared Modern Dubai

Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum, born in 1912 and deceased in 1990, is one of the essential figures in Dubai’s history. He ruled Dubai from 1958 until 1990, became Vice-President of the United Arab Emirates when the federation was established in 1971, and served as federal Prime Minister from 1979. Looking at Dubai today, it is easy to attribute its extraordinary transformation to the most recent decades. Yet much of its foundation was laid considerably earlier, under Sheikh Rashid.

Looking beyond oil

One of Sheikh Rashid’s great strengths was understanding that Dubai could not build its future solely on oil. A commonly repeated idea needs some qualification: before the oil era, Dubai was already a city of merchants and an active regional port. Oil, discovered in Dubai in the 1960s, above all provided additional resources with which to accelerate a strategy based on trade, infrastructure and openness to the outside world.

Rather than viewing major public works simply as expenditure, Sheikh Rashid regarded them as investments capable of generating new economic activity themselves. That logic seems obvious when we know Dubai today; it was considerably less so when the emirate had infinitely more modest resources.

The Creek: dig first, reap the rewards later

One of the best-known examples is the dredging of Dubai Creek. Silting restricted access for trading vessels, so Sheikh Rashid decided to have the waterway dredged and improved to accommodate larger ships. The project was expensive for Dubai at the time, but the subsequent increase in maritime traffic and commercial revenue vindicated the decision.

This way of thinking would almost become a signature: create infrastructure before demand appears sufficient, then allow that infrastructure to attract trade and investment. The same logic would later be found in the ports, airport and numerous other projects.

Port Rashid and Jebel Ali: enormous gambles

Port Rashid was completed with 11 berths in 1972 before being expanded to 35. Sheikh Rashid, however, was already thinking much bigger. In 1976, he gave instructions for the construction of Jebel Ali, a man-made harbour of astonishing scale for the time. The port was completed in 1979 and conceived not only for maritime trade but also to attract industrial activity around it.

Jebel Ali Free Zone followed several years later, in 1985. It therefore belongs to the legacy of the strategy launched under Sheikh Rashid, although its implementation was entrusted to his son Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum. The distinction matters: the father had laid down the infrastructure and economic philosophy; the next generation would amplify them.

Roads, bridges and an airport: building a city before it truly existed

Dubai’s urban development provides another illustration of that vision. Dubai Airport opened in 1960, at a time when imagining the city as one of the world’s great aviation crossroads would have seemed audacious, to say the least. Roads, bridges, water and electricity networks and public facilities progressively accompanied the city’s growth.

The purpose was not simply to beautify Dubai. Goods, businesses and people needed to be able to move. It was this combination of port, airport, roads and a trade-friendly environment that progressively gave the emirate an advantage extending far beyond its natural resources.

Education, healthcare and social transformation

Development was obviously not confined to cranes and ports. Sheikh Rashid’s era also saw a considerable expansion of schools, healthcare services, housing and public facilities. Dubai was rapidly moving from a small Gulf trading town towards a modern city, and that transformation required a better-educated population and appropriate social infrastructure.

Education for girls and women also developed during this period, alongside the broader expansion of education in the Trucial States and later the United Arab Emirates. Rather than crediting one man alone with the entire evolution of literacy or women’s status, it is more accurate to place Sheikh Rashid among the leaders who supported and financed this profound social modernisation.

Building a federation with Sheikh Zayed

His role extended far beyond Dubai. When the United Kingdom announced its withdrawal from the region, Sheikh Rashid and Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, Ruler of Abu Dhabi, met to consider a union. In February 1968, Dubai and Abu Dhabi concluded a union agreement that would become a starting point for the federal process.

On 2 December 1971, the United Arab Emirates was established by six emirates; Ras Al Khaimah joined in 1972. Sheikh Rashid became Vice-President of the new federation in 1971. On 30 April 1979, he was asked to form the fourth federal Cabinet and became Prime Minister, remaining in office until 1990. His partnership with Sheikh Zayed is therefore inseparable from the early decades of the Emirati state.

A legacy you can still travel through today

Sheikh Rashid’s legacy is not abstract. When you cross Dubai Creek, land at Dubai International Airport, see the container ships at Jebel Ali or observe the importance of trade in the emirate’s economy, you are still encountering the consequences of major choices made during his reign.

He obviously did not build today’s Dubai alone. His sons and subsequent generations launched projects of their own, sometimes on an even more spectacular scale. But he established something more important than a collection of buildings: a way of thinking about development in which infrastructure precedes growth rather than merely following it.

A final word

Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum therefore remains far more than a name in Emirati history. He governed Dubai for thirty-two years during which the emirate evolved from a trading town with limited resources into a regional centre equipped with a major port, an airport and infrastructure capable of supporting far more ambitious growth.

The spectacular Dubai of today did not yet exist when he died in 1990. Yet much of what would make it possible was already in place. That is perhaps the best definition of a visionary: not simply building for the present, but preparing a city that others cannot yet see.

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