Le jour où j’ai rencontré Steven Spielberg

Quand j’ai appris que ma mère organisait l’événement de la venue de Steven Spielberg dans notre pays, je savais que j’allais tout faire pour le rencontrer. 

Didier Reynders, le Ministre des Finances, devait lui remettre l’insigne de Commandeur de l’Ordre de la Couronne à l’occasion de la première mondiale du film “The Adventures of Tintin: the Secret of the Unicorn”.

Je voulais absolument être présente, mais quelle tactique adopter avec ma mère : « Allééééé, s’te plaaait, dis-moi ouiiii ».  

Etrangement, cette partie fut la plus facile. J’étais super fan de E.T., Jurassic Park, La Liste Schindler, Le Soldat Ryan … Je n’en revenais pas, j’allais rencontrer cet immense artiste. Bon maintenant que j’avais la certitude d’être présente, on allait passer au niveau deux.

Même si je pouvais accompagner, je n’avais pas envie d’être la potiche de service. Pas question d’être au fond de la salle. Mais comment faire pour lui parler ?

Genre, j’avais 15 ans à l’époque et j’en paraissais encore moins. Avoir l’air crédible et suffisamment mature pour passer le cordon de sécurité des gardes du corps n’était pas chose aisée.

Je n’avais pas réellement de plan précis. J’ignorais le détail du déroulement de la visite sauf le timing, le discours, la présence du Ministre et l’itinéraire. Je ne connaissais pas personnellement le Ministre, il ne me serait pas donc pas d’une grande aide. Bon on verra bien, j’allais improviser.

Le jour « J », me voilà à l’Hôtel Amigo avec ma mère déjà en plein préparatifs.  J’avais promis de ne pas déranger et de me faire discrète … mais je n’avais nulle intention de respecter ma parole. Je trépignais d’impatience reléguée au fond de la pièce par les dizaines de photographes et invités … Et soudain le Maître apparaît, entouré d’au moins cinq gardes de sécurité. Il monte sur l’estrade pour recevoir la médaille et s’en suivent vingt minutes de discours du Ministre. 
D’habitude, je déteste le bla bla, mais ces longues minutes m’ont permises de mettre au point ma stratégie d’approche. Je n’arrêtais pas de sourire bêtement aux gardes américains, me disant qu’ils me laisseraient aborder Monsieur Spielberg plus aisément.

Du fond de la salle, j’avais déjà repéré les lieux et remarqué que les officiels se trouvaient sur ma gauche. Tapie dans mon anonymat, j’attendais l’instant de foncer sur ma proie. Il n’était pas difficile de comprendre que Steven Spielberg viendrait sûrement saluer les politiciens et acteurs du film rangés comme pour recevoir une poignée de main de la Reine d’Angleterre. Légère manoeuvre de repli vers la gauche du podium. J’avais toujours mon sourire béat sur le visage en avançant et soudain l’armoire à glace musclée derrière Steven Spielberg m’a fait un clin d’oeil complice.  J’avais manqué de discrétion, il avait vu mes manigances. Pourvu qu’il ne me grille pas.

Quand le génial réalisateur a enfin mis un pied en dehors du podium, je me suis illico ruée entre deux « officiels ». J’étais entourée par les photographes mais ils n’osaient pas me bousculer parce que, voir une ado seule dans ce genre de conférence, était forcément louche. J’ai appris plus tard qu’ils pensaient que je faisais partie du staff et que je pouvais être la fille de Steven Spielberg.

Bref, Steven Spielberg a poliment serré une première main, une deuxième et a fini par être devant moi. Il a eu comme une demi seconde de surprise, se demandant sans doute qui j’étais. Il m’a regardée en souriant et au lieu de me serrer la main m’a invitée à côté de lui pour la suite des salutations d’usage. Je vous raconte pas la tête des photographes officiels pour qui je ruinais le boulot. J’ai demandé à l’un des photographes s’il pouvait me prendre en photo et Steven Spielberg m’a suggéré « Avec Monsieur le Ministre ? « . « Non, non, juste nous! » (pardon Monsieur Reynders !).  J’étais plutôt à l’aise allant jusqu’à poser pour les objectifs ! 

Je n’oublierais jamais cette expérience ni le diner qui a suivi, où tout le monde s’adressait à moi en américain, y compris les serveurs essayant de m’expliquer la composition des plats dans un anglais très hésitant. Heureusement pour moi je maîtrise la langue parfaitement.

Avec le recul, je me dis que j’ai eu une chance incroyable. Ce n’était pas gagné d’avance pourtant. Comme quoi parfois, il suffit d’un peu de persévérance.