Profession : cheval détecteur de drogue

Jamais je n’avais entendu parler de chevaux détecteurs de drogue avant de rencontrer un spécialiste du métier.

C’est la deuxième fois que je recontre David, un charismatique homme d’âge mur, guide de randonnée dans un ranch au sud de l’Arizona. L’année passée, dans le même endroit où nous séjournions déjà, nous avions fait plusieurs trails. Sa personnalité forte, un peu cynique m’impressionnait. Il parlait à peine, si ce n’est pour donner quelques indications historiques d’un ton plutôt bourru. On sentait qu’il n’avait pas trop envie de se confier et que lui poser des questions personnelles était un risque de retour verbal coloré.

Une matinée, après trois heures de monte, j’avais une terrible crampe à la jambe et j’osais à peine le lui dire de peur de déranger. Il me voit finalement grimacer et me demande si ca va. « J’ai mal à la jambe » « Fort ? » « Un peu tout de même, j’ai une horrible crampe » « Bon, si c’est un peu que tu as mal, on continue, ca va passer. »

Cet été, j’ai également résidé plusieurs jours consécutifs dans le ranch. Du coup j’ai eu l’occasion de parler un peu plus avec ce David qui m’intriguait tant.

J’ai bien entendu reçu mon lot de gentils sarcasmes quand j’arrivais en gravure de mode pour une randonnée équestre : « Tu comptes monter avec ton habit en froufrou ? »…

Au cours des balades, j’ai appris que notre guide était policier à la retraite.  Son insolite métier consistait principalement à chevaucher sa splendide monture pour surveiller la frontière et empêcher le passage des narcotrafiquants entre le Mexique et l’Arizona.

Sillonner quotidiennement cette zone montagneuse hostile par plus de 45 degrés celcius est tout simplement un calvaire. Cet environnement extrême, anciennement le territoire des indiens apaches, est désormais celui des scorpions, serpents à sonnettes, coyotes, loups (j’ai eu l’occasion d’en croiser quelques uns) et des … trafiquants de drogue.

Je connaissais les chiens pisteurs de drogue mais jamais je n’aurais pensé que les chevaux pouvait aussi être dressés à détecter des stupéfiants.

Ces superbes créatures peuvent, tout comme le chien, détecter les narcotiques au sol, mais sont aussi capables d’atteindre une hauteur de plus de deux mètres cinquante. Comme les odeurs s’évaporent par le haut, le cheval est parfaitement situé pour sentir tout produit illicite, comme par exemple par la vitre entrouverte d’une voiture.

La tête et le cou du cheval sont comme des sondes de détection de stupéfiants. Le nez du cheval peut facilement être dirigé par le cavalier  pour une recherche stratégique précise. Il peut atteindre des endroits qu’un chien détecteur de drogue (K9) ne peut en aucun cas approcher ou aurait de grandes difficultés à le faire tels les moteurs de camions et leurs remorques, les joints des fenêtres des véhicules ou les poubelles hautes.

Le chien K9 utilisé pour la recherche de drogue dans les voitures doit se hisser et sauter sur le capot des voitures ou se tenir droit contre le véhicule. Il n’est pas rare que celui-ci laisse des traces de griffures, ce qui peut être très embêtant quand il n’y a ensuite aucune contrebande avérée.  Le cheval de détection porte une bride spéciale qui ne raie pas les surfaces avec lesquelles il entre en contact.

morgan & david

L’équidé est idéal pour la recherche dans les entrepôts où il peut facilement respirer l’air en hauteur et les rayons suspendus ou encore pour l’inspection des parkings.

Le cheval passe quasiment inaperçu, personne ne soupçonnant ses talents cachés Ces animaux détecteurs de narcotiques sont de parfaits agents sous couverture en quête de laboratoires clandestins de méthamphétamines ou de champs de marijuana.

Compréhensible du coup l’indifférence de David par rapport à une crampe somme toute assez bénigne face à l’arrestation de personnes peu recommandables et dangereuses.

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J’aurais réellement aimé faire un reportage photo complet de cet homme à la profession tellement étrange et méconnue mais comme vous pouvez le voir, les seules photos que j’ai réussi à prendre le sont de dos ou avec un stetson sur la tête qui lui cache tout le visage.

Je me suis néanmoins promise de faire une interview détaillée lors de mon prochain séjour, c’est à dire dans quelques mois.

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Text & pictures © Morgan Mc Kenzie