Sur les traces du tueur Queho au Nevada

Ma curiosité naturelle m’a cette fois conduite vers Nelson, une ville fantôme du Nevada, à 40 minutes de Las Vegas. Je souhaitais absolument visiter cet endroit insolite. C’est en me promenant parmi les lieux abandonnés que j’ai trouvé un panneau indiquant que le corps d’un meurtrier nommé Queho avait été retrouvé en 1940. Du coup, je me suis mise en mode journaliste et j’ai interrogé les habitants des lieux (autres que les fantômes) afin d’en savoir un peu plus. 

Encore aujourd’hui, l’histoire de Queho reste un total mystère. Etait-il un tueur en série sanguinaire ou fut-il accusé par les policiers de crimes non résolus ?

On sait finalement très peu de choses sur lui. On pense qu’il est né vers 1880 à Cottonwood Island, près de la ville de Nelson, au Nevada. Sa mère, membre de la tribu des Cocopah, serait décédée peu après l’accouchement. L’identité de son père n’est pas connue, même si diverses théories ont été présentées, notamment celle d’un mineur mexicain ou encore d’un indien Paiute d’une tribu voisine. Bien que personne ne connaisse la réponse, Queho était un rebus de la société dès son départ dans la vie à cause de son sang mixte. Pour rajouter à la malchance, l’homme avait aussi un pied bot, ce qui a davantage encore contribué à son rejet. 

Queho a été élevé dans une réserve à Las Vegas où il fut obligé de travailler dès son plus jeune âge comme ouvrier de ranch et ramasseur de bois. Il aurait échappé à plusieurs de ses possesseurs l’ayant maltraité. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que son enfance fut solitaire et très pénible puisqu’il volait pour survivre. Certaines histoires racontent qu’il fut impliqué dans la mort de son demi-frère et d’un autre Indien en 1897. Il faut pourtant attendre novembre 1910 pour lire des articles le concernant dans les journaux. On peut ainsi apprendre qu’il est le principal suspect dans le meurtre d’un Indien au cours d’une bagarre dans la réserve. Ils étaient en train de boire lorsqu’une dispute a commencé. Queho parvient à s’échapper et, selon certains récits, aurait tué deux Indiens Paiute afin de voler leurs chevaux.

Il continue sa course infernale quelques jours plus tard avec le meurtre d’un bûcheron ayant refusé de le payer après l’avoir aidé à couper du bois. C’est le shérif adjoint Howe qui a trouvé l’empreinte distinctive laissée par le pied bot de Queho sur les lieux du crime.

Au cours de sa fuite, il brise les deux bras du commerçant Hy Von chez qui il avait volé de la nourriture et lui fractura le crâne avec un manche de pioche avant de s’enfuir vers le sud jusqu’à Nelson où il se réfugie dans le canyon Eldorado, exactement là où j’ai vu la plaque me parlant de lui.

Le fugitif fut traqué dans la mine Gold Bug où gisait le corps du gardien Gilbert abattu d’une balle dans le dos. Son badge de policier spécial adjoint numéro 896 est resté introuvable.

La piste de Queho fut ensuite à nouveau perdue, et même si la police pensait que les traces seraient faciles à être suivies, rien n’était moins vrai. 

Les recherches reprirent avec l’aide de plusieurs pisteurs amérindiens, mais furent à nouveau abandonnées après quelques semaines. Queho était toujours introuvable en février 1911, soit plus de trois mois après les meurtres. 

Au cours des années suivantes, la légende de Queho n’a cessé de grandir. On lui attribua la disparition de bétail, les vols inexpliqués et les meurtres mystérieux. En 1913, on l’accusa de la mort de Canyon Charlie, un Indien aveugle de 100 ans. Les provisions du vieil homme étant introuvables, le lien semblait évident. Beaucoup pourtant contestèrent la responsabilité de Queho dans ce meurtre, car le vieil Indien était l’ami et le confident du fugitif.

Quelques mois plus tard, deux mineurs furent abattus dans le dos. Leurs provisions avaient été volées. Une Indienne retrouvée morte peu de temps après fut également mise sur le compte du renégat. 

Les autorités offrirent 2 000 $ pour sa capture « Mort ou vif ». Le journal local s’est empressé de rappeler à ses lecteurs qu’un bon Indien est un Indien mort. Personne ne retrouva Queho malgré la fortune offerte.

Encore plusieurs années plus tard, Queho continuait toujours de faire peur à chaque événement étrange. Il est ainsi devenu le symbole local du croque-mitaine pour faire peur aux enfants.

En 1919, deux prospecteurs furent retrouvés morts avec une balle dans le dos et la tête fracassée. Là aussi, les provisions s’étaient envolées. Les empreintes tellement uniques de Queho se trouvaient sur place, prouvant au passage qu’il était sans doute le coupable.

Une semaine plus tard, Maude Douglas, l’épouse d’un mineur fut abattue la nuit. On la retrouva entourée de conserves. Les autorités déclarèrent qu’il s’agissait d’un autre crime commis par Queho, car elles auraient trouvé ses empreintes de pas autour de la cabane. Bien qu’un garçon de quatre ans confié à Maude ait déclaré que la femme avait été tuée par son mari, personne n’écouta et la chasse à l’Indien repris de plus belle.

La récompense pour la capture du meurtrier atteignait maintenant 3 000 $. Le shérif du sud du Nevada envoya les meilleurs pisteurs pour tuer Queho une fois pour toutes. Malgré cette gigantesque chasse à l’homme qui a duré presque deux mois, ils ne l’ont jamais retrouvé. Les squelettes de deux mineurs ayant disparu plusieurs années auparavant furent découverts. Bien qu’il n’y ait aucune preuve, Queho a également été accusé de ces meurtres.

Durant les années suivantes, la police rechercha de manière périodique le fugitif quand il y avait une disparition. Mais lorsqu’aucun autre meurtre n’était commis, l’intérêt pour cet Indien insaisissable s’estompait.

La dernière fois qu’il aurait été vu, c’est lorsqu’il a été repéré par un policier de Las Vegas marchant sur Fremont Street en février 1930. Le temps que les renforts arrivent, Queho avait de nouveau disparu.

Alors que la légende commençait enfin à s’éteindre, trois prospecteurs ont découvert dans un canyon les restes d’un Indien mort en 1940. En haut d’une grotte, le corps momifié a été trouvé avec un fusil Winchester, des ustensiles de cuisine, des outils et un badge spécial d’adjoint portant le numéro 896.

Sa dépouille fut identifiée par l’agent de police qui, plus de trente ans plus tôt, menait l’enquête. 

Charles Kenyon, celui qui a trouvé Queho, exigea la récompense et réclama le corps lorsqu’elle lui fut refusée. Il voulait exposer les restes et faire payer les visiteurs. Une décision de justice l’en empêcha. Entre-temps, plusieurs personnes ont prétendu être les héritiers de Queho. Alors que le corps est entreposé au salon funéraire, l’établissement exige que la facture soit payée. Soudain, Kenyon et ceux qui prétendaient être les héritiers disparurent et le juge donna au salon funéraire tous les droits sur le corps. Tout ce marchandage avait duré trois ans.

C’est finalement le policier, vieil ennemi de Queho, qui a payé la facture et l’a offert au Las Vegas Elks Club. C’est lors de la plus grande parade, appelée Helldorado, qu’on a exposé le corps de Queho. Les restes de l’Indien furent ainsi exposés au public jusqu’au début des années 1950.

Lorsque le Elks Club n’a plus voulu assumer la responsabilité des restes, ceux-ci sont passés entre plusieurs mains privées avant d’atterrir au Musée d’histoire naturelle de l’Université du Nevada, jusqu’au milieu des années 1970. Finalement, un avocat retraité de Las Vegas du nom de Roland Wiley a obtenu la dépouille, et le 6 novembre 1975, Queho a finalement été enterré. 

Tombe de Queho

Au cours de sa vie, Queho a été crédité de la mort de 23 personnes, fut déclaré « ennemi public n° 1 du Nevada et gagna le titre peu glorieux de premier meurtrier de masse de l’État.  Si beaucoup pensent que l’Indien n’était guère plus qu’un tueur brutal, d’autres voient en lui un homme maltraité qui a été traqué toute sa vie et rendu responsable de dizaines d’atrocités qu’il n’a peut-être pas commises. 

La vérité restera à jamais un mystère.