Ma visite dans une fourrière espagnole

La vie du lévrier espagnol, le galgo, est bien triste. Des milliers de chiens sont sacrifiés à la fin de chaque saison de chasse en Espagne. Les plus chanceux finissent dans des refuges surpeuplés.  La plupart des autres termineront agonisants sans le moindre soin dans la rue ou récupérés par la fourrière et amenés dans les « perreras », endroits complètement glauques où ils seront tués au bout de maximum dix jours sans aucune attention ni chance d’être proposés à l’adoption.

Il n’est pas rare de les voir avec les membres fracturés attendant leur mort avec résignation. C’est là que nous allons les chercher, quelque part au fond de l’Espagne anonyme. Il faut signer des papiers, montrer « patte blanche » avant d’entrer. Une autorisation spéciale est impérative pour pénétrer dans la perrera, bien dissimulée à l’arrière d’une déchetterie et gérée par le même propriétaire car après tout, les chiens ne sont que des détritus.  

Presque 20 heures de route pour arriver dans la région de Murcia, la fatigue n’est pas permise parce que nous devons prendre les chiens et repartir au plus vite. Il n’y a pas que des galgos à l’intérieur de ce mouroir, il y a toutes sortes de races et de tailles, petits, grands, vieux, aveugles… le choix est large. Parce que nul étranger ne peut adopter un chien de la perrera, c’est à chaque fois le coeur déchiré que nous nous dépêchons de valider le numéro matricule de ceux qui auront la chance de nous accompagner avant que les responsables changent d’avis. C’est sûr, ils n’aiment pas la mauvaise publicité et les critiques faciles, alors on fait comme si tout cela était finalement banalement normal et qu’on venait acheter un kilo de viande avec le sourire. Pourquoi choisir ce chien et pas un autre ? Comment se décider ? Les chiens nous surveillent tous avec de grands yeux apeurés, ils tremblent au moindre de nos mouvements, essayant de se cacher dans cette pièce où il n’y a rien, même pas un panier. Ils dorment à même le sol, sans le moindre confort. Certains osent pourtant venir près de nous et s’accrochent à nos jambes. Ne les prenez surtout pas dans vos bras si vous n’avez pas l’intention de les sauver, vous ne pourrez pas partir sans avoir l’âme déchirée et ils s’accrocheront à vous comme s’ils savaient que leur vie allait cesser bientôt.

Nous savons parfaitement que nous avons très peu de temps et que nous ne pourrons pas en sauver plus, alors nous partons en vitesse sans nous retourner, refusant d’entendre les gémissements de ceux que nous laissons et qui ne seront plus là dans quelques jours, dans quelques heures peut-être. La camionnette remplie de chiens dont on espère qu’ils seront adoptés, nous nous reprochons de ne pas pouvoir en faire plus. On se met à maudire ceux qui les ont abandonnés sachant que de toute façon rien n’y fera.

Que font tous ceux qui ont de grandes paroles et me disent être tellement concernés par les animaux mais ne posent jamais aucun acte, aussi petit soit-il ? Je ne prétends pas être mieux que les autres, mais j’ai une boule au ventre au contact de ceux dont le seul quotidien n’est que sorties et futilités. Je n’ai que peu de contact avec les personnes qui perdent leur temps en se regardant le nombril parce qu’ils me font perdre le mien et qu’il est à mes yeux tellement précieux et m’empêche d’avancer.

Chacun à son  niveau, avec ses moyens, est capable de faire une toute petite chose pour aider. Cela peut être une adoption, un don de matériel, de nourriture, d’argent, une famille d’accueil en attendant l’adoption définitive, un partage sur les réseaux sociaux, une petite phrase de compréhension …

Seuls ceux qui aiment les animaux et ont un jour été dans une fourrière savent ce que je veux dire … les autres qui ne comprennent pas mon investissement m’indiffèrent … comme me dit souvent ma mère « Je n’ai jamais dit que j’étais sympa! »