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La vie du lĂ©vrier espagnol, le galgo, est bien triste. Des milliers de chiens sont sacrifiĂ©s Ă la fin de chaque saison de chasse en Espagne. Les plus chanceux finissent dans des refuges surpeuplĂ©s. La plupart des autres termineront agonisants sans le moindre soin dans la rue ou rĂ©cupĂ©rĂ©s par la fourriĂšre et amenĂ©s dans les « perreras », endroits complĂštement glauques oĂč ils seront tuĂ©s au bout de maximum dix jours, sans aucune attention ni chance d’ĂȘtre proposĂ©s Ă l’adoption.
Il n’est pas rare de les voir avec les membres fracturĂ©s, attendant leur mort avec rĂ©signation. C’est lĂ que nous allons les chercher, quelque part au fond de l’Espagne anonyme. Il faut signer des papiers, montrer « patte blanche » avant d’entrer. Une autorisation spĂ©ciale est impĂ©rative pour pĂ©nĂ©trer dans la perrera, bien dissimulĂ©e Ă l’arriĂšre dâune dĂ©chetterie et gĂ©rĂ©e par le mĂȘme propriĂ©taire car, aprĂšs tout, les chiens ne sont que des dĂ©tritus.
Presque 20 heures de route pour arriver dans la rĂ©gion de Murcie. La fatigue n’est pas permise parce que nous devons prendre les chiens et repartir au plus vite. Il n’y a pas que des galgos Ă l’intĂ©rieur de ce mouroir : il y a toutes sortes de races et de tailles, petits, grands, vieux, aveugles… le choix est large. Parce que nul Ă©tranger ne peut adopter un chien de la perrera, c’est Ă chaque fois le cĆur dĂ©chirĂ© que nous nous dĂ©pĂȘchons de valider le numĂ©ro matricule de ceux qui auront la chance de nous accompagner avant que les responsables changent d’avis. Câest sĂ»r, ils n’aiment pas la mauvaise publicitĂ© et les critiques faciles, alors on fait comme si tout cela Ă©tait finalement banalement normal et qu’on venait acheter un kilo de viande avec le sourire. Pourquoi choisir ce chien et pas un autre ? Comment se dĂ©cider ? Les chiens nous surveillent tous avec de grands yeux apeurĂ©s, ils tremblent au moindre de nos mouvements, essayant de se cacher dans cette piĂšce oĂč il n’y a rien, mĂȘme pas un panier. Ils dorment Ă mĂȘme le sol, sans le moindre confort. Certains osent pourtant venir prĂšs de nous et s’accrochent Ă nos jambes. Ne les prenez surtout pas dans vos bras si vous n’avez pas l’intention de les sauver : vous ne pourrez pas partir sans avoir l’Ăąme dĂ©chirĂ©e et ils sâaccrocheront Ă vous comme sâils savaient que leur vie allait cesser bientĂŽt.
Nous savons parfaitement que nous avons trĂšs peu de temps et que nous ne pourrons pas en sauver plus, alors nous partons en vitesse sans nous retourner, refusant d’entendre les gĂ©missements de ceux que nous laissons et qui ne seront plus lĂ dans quelques jours, dans quelques heures peut-ĂȘtre. La camionnette remplie de chiens dont on espĂšre qu’ils seront adoptĂ©s, nous nous reprochons de ne pas pouvoir en faire plus. On se met Ă maudire ceux qui les ont abandonnĂ©s, sachant que de toute façon rien nây fera.
Que font tous ceux qui ont de grandes paroles et me disent ĂȘtre tellement concernĂ©s par les animaux mais ne posent jamais aucun acte, aussi petit soit-il ? Je ne prĂ©tends pas ĂȘtre mieux que les autres, mais j’ai une boule au ventre au contact de ceux dont le seul quotidien n’est que sorties et futilitĂ©s. Je n’ai que peu de contacts avec les personnes qui perdent leur temps en se regardant le nombril parce qu’elles me font perdre le mien, qui est Ă mes yeux tellement prĂ©cieux, et m’empĂȘchent d’avancer.
Chacun, Ă son niveau et avec ses moyens, est capable de faire une toute petite chose pour aider. Cela peut ĂȘtre une adoption, un don de matĂ©riel, de nourriture, d’argent, une famille d’accueil en attendant l’adoption dĂ©finitive, un partage sur les rĂ©seaux sociaux, une petite phrase de comprĂ©hension…
Seuls ceux qui aiment les animaux et ont un jour Ă©tĂ© dans une fourriĂšre savent ce que je veux dire… les autres, qui ne comprennent pas mon investissement, m’indiffĂšrent… comme me dit souvent ma mĂšre : « Je n’ai jamais dit que j’Ă©tais sympa ! »
My visit to a Spanish dog pound
Life for the Spanish greyhound, the galgo, is desperately sad. Thousands of dogs are sacrificed at the end of each hunting season in Spain. The luckiest end up in overcrowded shelters. Many others are left to die in the street without care or are picked up and taken to the âperrerasâ, grim places where they will be killed within a maximum of ten days, without attention and without any chance of being offered for adoption.
It is not unusual to see them with fractured limbs, resignedly waiting to die. This is where we go to collect them, somewhere deep in an anonymous part of Spain. Papers have to be signed and credentials shown before we can enter. Special authorisation is essential to get inside the perrera, carefully hidden behind a waste facility and run by the same owner because, after all, the dogs are treated like rubbish.
Nearly twenty hours on the road to reach the Murcia region. There is no room for tiredness because we have to collect the dogs and leave again as quickly as possible. Galgos are not the only dogs inside this death house. There are breeds and sizes of every kind: small, large, old, blind… the choice is vast. Because a foreigner cannot simply adopt a dog from the perrera, every time we go there we hurry, hearts breaking, to validate the identification numbers of those lucky enough to come with us before those in charge change their minds. They certainly do not like bad publicity or criticism, so we behave as though all this were perfectly, mundanely normal, as if we had come smiling to buy a kilo of meat. Why choose this dog and not another? How can anyone decide? Every dog watches us with huge frightened eyes. They tremble at the slightest movement and try to hide in a room containing nothing, not even a bed. They sleep directly on the floor without the slightest comfort. Some still dare to come close and cling to our legs. Do not pick them up unless you intend to save them. You will not be able to leave without your heart breaking, and they will cling to you as though they know their lives may soon be over.
We know perfectly well that we have very little time and cannot save any more, so we leave quickly without looking back, refusing to listen to the cries of those we are leaving behind and who may no longer be there in a few days â perhaps a few hours. With the van full of dogs we hope will be adopted, we blame ourselves for not being able to do more. We curse those who abandoned them, knowing that none of our anger will change what has happened.
What do all those people do who make grand speeches and tell me how deeply they care about animals, yet never take the smallest action? I do not claim to be better than anyone else, but I feel sick around people whose entire daily existence seems to consist of outings and trivialities. I have little contact with people who waste their time contemplating their own navels, because they waste mine too â and my time is far too precious to me to let them stop me moving forward.
Everyone, at their own level and within their own means, can do one small thing to help. It might be adoption, donating equipment, food or money, becoming a foster family until a permanent home is found, sharing a post on social media or simply offering a few words of understanding.
Only those who love animals and have actually been inside a dog pound know what I mean. Those who do not understand my commitment leave me indifferent… as my mother often says: âI never said I was nice!â
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