Les dérives de Facebook Live

La retranscription du viol d’une adolescente américaine en direct sur Facebook Live relance la polémique de la non assistance à personne en danger.

La police de Chicago aux Etats-Unis enquête sur le viol présumé d’une jeune américaine de 15 ans. L’agression retransmise en direct sur Facebook Live aurait été visionnée par au moins une quarantaine de personnes sans qu’aucune ne prévenne les autorités.

A la demande de la police, Facebook a immédiatement supprimé la vidéo. A ce stade, il semblerait qu’aucune arrestation n’ait encore eu lieu dans cette sordide affaire.

Pour les non initiés, Facebook Live permet de diffuser des vidéos en direct sur son réseau social. Tout cela pourrait paraître idyllique, s’il n’y avait pas déjà eu plusieurs graves dérives, la modération  du contenu diffusé manquant cruellement de suivi.
Facebook prétend pourtant disposer d’une équipe de pondérateurs chargée de vérifier ce qui est publié sur leur site, MAIS …. à la condition que les contenus soient signalés par des utilisateurs. Personne n’avait pensé à signaler la vidéo du viol collectif.

Beaucoup de cas dévoilés.

Déjà en janvier de cette année, Chicago faisait la une pour une affaire similaire. Quatre jeunes de la banlieue avaient été arrêté pour avoir insulté et battu un homme. Le tout fut diffusé en temps réel au moyen de Facebook Live. Le lendemain,  deux hommes et deux femmes âgés de 18 ans à 24 ans ont été mis en examen. Ils ont été accusés  d’enlèvement, séquestration, et coups et blessures, avec la circonstance aggravante de racisme (la victime souffrant de problèmes psychiatriques était blanche et les agresseurs noirs). Sur la vidéo, on entend clairement les criminels hurler « nique Trump » et « nique les blancs ».  Le film a pu être visionné plus de 16.000 fois avant d’être enfin supprimé par Facebook. Des copies ont cependant été émises sur d’autres sites.

En juillet, des témoins de la tuerie de Dallas ont publié en streaming des images très dures de la fusillade qui fit 5 morts parmi la police.

Fin 2016, deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été tués dans un accident de la route en Pennsylvanie.  Alors qu’il filmaient l’intérieur de la voiture, ils furent percutés par un camion.  7.000 personnes ont assisté à leur mort avant la suppression par Facebook.

En Floride, une jeune fille de 13 ans aurait filmé en Live son suicide par pendaison. Même si la preuve de l’existence de cette vidéo n’a jamais pu être apportée, de nombreux témoignages attestent de sa réalité.

Souvenez-vous, récemment, vous avez sûrement visionné la vidéo d’un homme tué sans raison par un policier lors d’un contrôle routier qui a dégénéré.

La question du voyeurisme revient sur le devant de la scène lorsque le cas de Keiana Herndon éclate au grand jour.

En Arkansas, une femme de 25 ans en phase terminale du cancer de la thyroïde avait involontairement filmé son dernier souffle. Au moment de mourir, elle expliquait à ses quelques 3.400 possibles spectateurs qu’elle avait envie de retourner à l’école. Elle s’est soudain sentie mal alors qu’elle tenait son fils de 1 an dans les bras et s’est écroulée au sol. Un ami est venu à son secours 30 minutes plus tard, mais la jeune femme était déjà morte. La famille de Keiana Herndon a accusé les personnes qui ont regardé la vidéo de ne pas avoir appelé les secours alors que le nombre d’observateurs augmentait. En bruit de fond, on entendait l’enfant pleurer.

Qu’auriez-vous fait ? Seriez-vous intervenu ? Bien plus qu’une modération trop lente ou trop laxiste de Facebook, n’est-ce pas les spectateurs qu’il faut incriminer ?  Quelle est la part de responsabilité qu’ont les témoins ?

Chez nous aussi le débat fait rage.

Le terroriste Larossi Abballa a plusieurs fois revendiqué le meurtre de deux policiers à Magnanville.

En Essonne, une jeune femme avait filmé son suicide en direct sur le concurrent de Facebook Live, l’application Periscope. Elle avait posté plusieurs vidéos en ligne expliquant qu’elle allait montrer quelque chose de très choquant et qu’il était préférable que les mineurs ne regardent pas. Deux heures plus tard, elle s’est jetée sur les rails du RER au moment du passage du train tout en filmant la scène. Un suicide que la jeune femme a volontairement mis en scène.

La prévention suicide mis en place par les réseaux sociaux.

Même si quelques réseaux sociaux dont Facebook ont développé des systèmes de prévention suicide grâce à leur partenariat avec des organisations spécialisées, la question reste assez floue en ce qui concerne les règles en vigueur. Il semblerait que certaines images ne doivent pas être supprimées car elles pourraient permettre aux amis de comprendre qu’il s’agit d’un appel au secours et ainsi intervenir.

Dans un monde où sommes de plus en plus sollicités par des images trash, chacun se doit d’interpréter où se situe exactement la frontière entre le voyeurisme malsain et la curiosité naturelle.