Roger Job, ce géant de l’image et des mots

Man coming back home after grazing.
Turkanas – Les Premiers Derniers Hommes

Lorsque j’ai choisi d’interviewer un journaliste, il était évident pour moi que j’allais sans hésiter me diriger vers Roger Job, photojournaliste freelance passionnant et auteur de plusieurs livres dont « Les Hommes et les Chevaux » et « Turkanas ».

Impossible de ne pas le reconnaître lorsqu’il entre dans ce café branché bruxellois où nous nous sommes donnés rendez-vous. Il occupe de suite l’espace tant sa taille et son charisme impressionnent.

De sa naissance à Spa, il a gardé cet attachant côté authentique et son humour corrosif. Ses phrases, imagées et ponctuées de savoureuses comparaisons, donnent envie d’en savoir plus sur son extraordinaire parcours.

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Roger Job, est un photojournaliste diplômé de l’Institut des Hautes Etudes en Communications Sociales de Bruxelles où il est aujourd’hui professeur. Ses nombreux reportages sont publiés dans Newsweek, Paris Match, The Independant, Geo, ou encore National Geographic. Il a longtemps suivi les populations victimes de guerres ou de catastrophes naturelles et a récolté de nombreux prix comme le Prix Reporters sans Frontières ou le prix de la Fondation SPES, le Days Japan Jury Award ou le Nikon Press Award.

Lors de notre interview, Roger Job met l’accent sur l’importance de prendre son temps face à la complexité des reportages et assure qu’il faut maitriser avant de faire connaître. A l’inverse de certains journalistes actuels qui n’ont plus le temps d’approfondir leur sujet, le photographe lui, doit compenser par une histoire claire.

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Des Hommes et des Chevaux

Selon Roger Job la différence entre le journaliste et photojournaliste est infime. Ils font chacun le même métier avec des outils différents. C’est lorsqu’ils se marient et qu’ils ont de magnifiques enfants que naissent les plus beaux reportages. Cette complémentarité reste pourtant un problème en Belgique où les images racontent exactement la même chose que le texte alors que le reportage exceptionnel vient de l’addition des deux.

Souvent la difficulté des journalistes freelance n’est pas de faire le reportage mais de le publier.

Ce géant de l’image sélectionne le contenu de ses reportages sur l’originalité, la faisabilité, l’urgence d’une situation mais aussi parce qu’il faut survivre sur la popularité ou la préparation financière.

Face à la crise actuelle, Roger Job affirme que le rôle du journaliste est de rendre le monde plus intelligible grâce à une fonction d’éducation et de décryptage. Le photojournaliste sait raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin. C’est aussi celui qui met en relation des humains avec d’autres êtres humains. Les premiers étant les acteurs ou les témoins d’une situation, les autres les lecteurs n’étant pas des acteurs mais voulant comprendre les choses.

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Turkanas – Les Premiers Derniers Hommes

« Vaut-il mieux être un loup sauvage en recherche de nourriture quotidienne qu’un chien portant un collier et mangeant à sa faim ? » me demande Roger Job en réponse à ma question « Est-il mieux d’être freelance ou rattaché à un média? ».  On le reconnaît sans peine dans le rôle de l’indomptable loup en recherche de vérité journalistique.

Cet infatigable globe trotter au caractère entier travaille assez peu en équipe, à l’exception de traducteurs là où l’anglais et l’espagnol ne suffisent plus. Etre seul lui permet souvent de s’approcher le plus discrètement possible de son sujet. Il ajoute que, même dans les contrées les plus éloignées du monde, le photographe devient un personnage familier. De nos jours, il est rare d’encore rencontrer des individus n’ayant jamais été confrontés à un photographe.

Roger Job m’avoue sans détour qu’il n’est pas toujours aisé de rester détaché émotionnellement, comme lors de son reportage photo à Goma au Rwanda où il a vu la population décimée par le choléra. « On en arrive à être l’instrument de l’appareil photo à force d’être dans un autre monde, comme lorsque ces jeunes ont coupé les oreilles du président d’un pays africain ».

Il met l’accent sur l’importance pour un reporter de faire d’abord le travail d’urgence et d’aide à la population avant d’ensuite aborder l’information. Le photojournaliste doit rester concentré et faire attention aux moindre détails, comme assurer sa propre protection ou prendre de belles photos. Il n’a donc pas vraiment le temps de s’impliquer. Roger Job est d’ailleurs parfois touché par ses photos uniquement au retour lorsqu’il voit enfin le résultat définitif.

Son prochain livre sur les éleveurs de taureaux en Camargue et le réchauffement climatique aborde le sujet de la résistance des gens attachés à leurs terres face à l’évolution du monde.

A découvrir avec la même passion que ce grand Monsieur.

Text and picture of Roger Job ©Morgan Mc Kenzie  – All other pictures ©Roger Job