Le Cri du Taureau : Une Lutte Silencieuse Contre la Corrida en Espagne

🇬🇧 This article is also available in English — read it here.

Il y a des cris que l’on n’entend pas, des souffrances qui se taisent dans l’ombre des arènes, masquées par les applaudissements et le fracas des trompettes. La corrida, ce spectacle cruel et archaïque, continue de s’enraciner dans certaines traditions, mais pour combien de temps encore ? Car, derrière les capes rouges et les paillettes, se cache une réalité sombre, une danse macabre où l’artifice masque la barbarie.

La corrida, c’est la mort mise en scène, un rituel sanglant où le taureau, ce majestueux symbole de force et de liberté, est réduit à une marionnette, torturé pour le plaisir des yeux. Chaque mouvement, chaque coup de lame est une agonie, une vie qui s’éteint sous les acclamations d’un public captivé par cette violence. Comment peut-on applaudir la souffrance, comment peut-on célébrer la mort d’un être vivant comme s’il s’agissait d’une simple performance artistique ?

Face à cette réalité insoutenable, des voix s’élèvent, des artistes se mobilisent. Ils utilisent leur talent, leur notoriété, non pas pour divertir, mais pour dénoncer, pour éveiller les consciences. Leurs œuvres sont des cris silencieux, des appels à la compassion, des révoltes contre cette tradition qui, pour eux, n’a plus sa place dans une société qui se veut moderne et respectueuse de la vie.

Le monde de l’art est en première ligne de ce combat. Des acteurs, des écrivains, des journalistes, des musiciens et d’autres personnalités publiques se sont engagés contre la corrida, mettant leur notoriété au service de la cause animale. Ils créent, parlent, manifestent et interpellent. Leur engagement est une lueur d’espoir pour tous ceux qui rêvent d’un monde où la souffrance animale n’a plus sa place.

L’acteur et humoriste espagnol Dani Rovira fait partie de ceux qui ont choisi de prendre clairement position. Il a soutenu la campagne antitaurine « Misión Abolición » et participé à des mobilisations demandant la fin de la tauromachie. À propos des spectacles taurins, il a notamment dénoncé l’idée que l’ancienneté d’une tradition puisse suffire à la justifier et s’est exprimé à plusieurs reprises contre le fait de transformer la souffrance animale en divertissement.

L’écrivaine espagnole Rosa Montero a elle aussi apporté publiquement son soutien au mouvement abolitionniste. Elle a participé à la campagne « Misión Abolición » et à des manifestations réclamant la disparition des spectacles taurins. Une prise de position d’autant plus forte qu’elle vient d’une personnalité profondément installée dans le paysage culturel espagnol : non, rejeter la corrida n’est pas rejeter la culture espagnole. C’est refuser que la souffrance d’un animal soit protégée au nom de la tradition.

Les photographes et les peintres, quant à eux, capturent la tristesse dans les yeux des taureaux, leur force brisée et la violence des arènes. Ces images, puissantes et bouleversantes, sont des témoignages silencieux, des preuves visuelles de l’horreur de la corrida. Elles sont exposées dans des galeries, partagées sur les réseaux sociaux et servent à choquer, à provoquer une réaction, un rejet de cette tradition sanglante.

Mais le combat ne se limite pas à l’Espagne. Partout dans le monde, des artistes s’unissent pour dénoncer la corrida, organisant des expositions, des concerts et des manifestations pour faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Leurs actions sont des coups de pinceau dans une toile trop sombre, des notes de musique dans un monde de silence, des mots qui résonnent là où il n’y avait que des cris étouffés.

Le combat contre la corrida est long et difficile, mais il est aussi nécessaire. Chaque œuvre d’art, chaque chanson, chaque prise de position publique est une pierre de plus dans l’édifice de l’abolition. Et si, un jour, les arènes se vident, si le silence remplace les cris, ce sera grâce à ces artistes qui ont osé dire non, qui ont osé se lever pour défendre ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes.

La corrida, cette tradition que certains voudraient éternelle, n’est pas invincible. Elle est de plus en plus contestée, de plus en plus rejetée par une société qui évolue, qui comprend que la souffrance n’est jamais un spectacle, que la vie est toujours précieuse, même celle d’un taureau dans une arène.

Et quand ce jour viendra, quand les arènes ne seront plus que des vestiges d’un passé révolu, on se souviendra de ceux qui ont combattu, de ceux qui ont crié, de ceux qui ont créé pour que ce rêve devienne réalité. Car l’art, dans toute sa beauté, a ce pouvoir de changer le monde, de le rendre plus juste, plus humain.


The bull’s cry: a silent fight against bullfighting in Spain

There are cries we do not hear, suffering silenced in the shadows of the bullring, hidden beneath applause and the blare of trumpets. Bullfighting, this cruel and archaic spectacle, remains rooted in certain traditions — but for how much longer? Behind the red capes and glitter lies a darker reality, a macabre dance in which pageantry disguises barbarity.

Bullfighting is death staged as entertainment, a bloody ritual in which the bull, that magnificent symbol of strength and freedom, is reduced to a puppet, tortured for the pleasure of spectators. Every movement, every thrust of a blade is agony, a life extinguished beneath the cheers of a crowd captivated by violence. How can suffering be applauded? How can the death of a living being be celebrated as though it were merely an artistic performance?

Faced with this unbearable reality, voices are being raised and artists are taking a stand. They use their talent and public profile not simply to entertain, but to denounce, challenge and awaken consciences. Their work becomes a silent cry, an appeal for compassion, a rebellion against a tradition which, in their eyes, has no place in a society that claims to be modern and respectful of life.

The arts are at the forefront of this fight. Actors, writers, journalists, musicians and other public figures have spoken out against bullfighting, putting their visibility at the service of animal welfare. They create, speak, demonstrate and challenge. Their commitment offers a glimmer of hope to everyone who dreams of a world in which animal suffering no longer has a place.

Spanish actor and comedian Dani Rovira is one of those who has chosen to take an unequivocal stand. He supported the anti-bullfighting “Misión Abolición” campaign and took part in demonstrations calling for an end to bullfighting. He has challenged the idea that the age of a tradition is enough to justify it and has repeatedly spoken out against turning animal suffering into entertainment.

Spanish writer Rosa Montero has also publicly supported the abolitionist movement. She took part in the “Misión Abolición” campaign and in demonstrations calling for bullfighting spectacles to disappear. Her position carries particular weight because she is so firmly established within Spanish cultural life: rejecting bullfighting is not the same as rejecting Spanish culture. It means refusing to protect an animal’s suffering in the name of tradition.

Photographers and painters, meanwhile, capture the sadness in the bulls’ eyes, their broken strength and the violence of the arena. These powerful, disturbing images become silent testimony, visual evidence of the horror of bullfighting. They are exhibited in galleries, shared on social media and used to shock, to provoke a reaction and to inspire rejection of this bloody tradition.

But the fight is not confined to Spain. Around the world, artists unite to denounce bullfighting, organising exhibitions, concerts and demonstrations to give a voice to those who have none. Their actions are brushstrokes across an overly dark canvas, notes of music in a world of silence, words resonating where once there were only muffled cries.

The fight against bullfighting is long and difficult, but it is necessary. Every work of art, every song and every public stand is another stone in the foundations of abolition. If one day the bullrings empty and silence replaces the cries, it will be thanks in part to those artists who dared to say no, who dared to stand up for those who cannot defend themselves.

Bullfighting, a tradition some would like to see last forever, is not invincible. It is increasingly challenged and rejected by a society that is changing, one that understands that suffering is never entertainment and that life is always precious, even the life of a bull in an arena.

And when that day comes, when the bullrings are nothing more than relics of a bygone age, we will remember those who fought, those who cried out and those who created so that this dream could become reality. Art, in all its beauty, has the power to change the world and make it fairer, more humane.

🇫🇷 Lire la version française