Le Scandale des « Chèvres des Arbres » au Maroc : une Attraction Touristique à éviter absolument

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Le sud-ouest du Maroc est réputé pour une image devenue presque iconique : des chèvres perchées dans les arganiers. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le comportement existe réellement. Les chèvres sont d’excellentes grimpeuses et montent naturellement dans ces arbres pour manger leurs fruits. Le problème commence lorsque cette curiosité naturelle est transformée en décor touristique permanent. Car certaines des fameuses « chèvres des arbres » que l’on photographie le long des routes ne sont plus simplement des animaux en train de se nourrir : elles sont placées, entraînées ou maintenues dans les arbres pour attirer les voitures et obtenir de l’argent des visiteurs.

Un comportement naturel devenu attraction

À l’origine, rien de scandaleux : les chèvres grimpent bel et bien dans les arganiers pour atteindre les fruits. Leur agilité leur permet d’évoluer dans les branches avec une facilité assez extraordinaire. Mais avec la popularité des photos de chèvres perchées et l’afflux de touristes sur certains axes, notamment entre Marrakech et Essaouira, une activité commerciale s’est développée autour de cette image.

Une enquête publiée par National Geographic a documenté des éleveurs qui entraînent leurs chèvres à rester dans les arbres, les y portent lorsqu’elles refusent de monter ou installent de petites plateformes dans les branches. Des chevreaux peuvent également être attachés au tronc pour les séances photo. Autrement dit, voir une chèvre dans un arganier ne signifie pas automatiquement qu’elle est exploitée ; mais lorsqu’une rangée d’animaux reste immobile pendant des heures dans un arbre au bord d’une route touristique, nous ne sommes plus vraiment face à une scène spontanée de la nature.

Le bien-être animal derrière la jolie photo

Le problème n’est donc pas qu’une chèvre grimpe dans un arbre. Le problème est de l’y contraindre et de l’empêcher de choisir quand elle veut descendre, boire, manger, chercher de l’ombre ou simplement se déplacer. Des spécialistes du bien-être animal interrogés sur ces pratiques ont notamment pointé les risques de stress thermique, de déshydratation et de blessures. Un vétérinaire d’Essaouira cité par National Geographic rapportait par exemple avoir soigné une chèvre pour une fracture après une chute.

C’est précisément ce qui rend ces attractions trompeuses. La photographie donne l’impression d’un phénomène naturel amusant ; le touriste s’arrête, prend sa photo, laisse quelques dirhams et repart. Il ne voit pas nécessairement combien de temps l’animal est resté là ni de quelle manière il a été placé dans l’arbre.

Une réalité humaine qu’il ne faut pas ignorer

Il serait cependant trop facile de raconter cette histoire en opposant simplement de « mauvais » éleveurs à de « bons » touristes. Les témoignages recueillis au Maroc montrent également une réalité économique difficile. Sécheresse, pertes agricoles et manque d’alternatives ont poussé certains éleveurs à transformer leurs chèvres en attraction parce que les pourboires des voyageurs représentent une source de revenus. Comprendre cette réalité n’oblige pas à cautionner la pratique, mais elle explique pourquoi le problème ne disparaîtra probablement pas simplement en condamnant ceux qui la pratiquent.

Que faire lorsque l’on en voit ?

Pour moi, la réponse est assez simple : observer des chèvres qui grimpent librement pour se nourrir est une chose ; payer pour une photo avec des animaux manifestement disposés comme des figurants en est une autre. Ne pas payer pour ce type de mise en scène retire précisément ce qui la rend rentable. Et surtout, il faut cesser de croire qu’une attraction est acceptable simplement parce qu’elle est photogénique ou présentée comme une « tradition ».

Le mot de la fin

Les chèvres qui grimpent dans les arganiers font réellement partie des images étonnantes que l’on peut rencontrer au Maroc. C’est justement pour cela qu’il est dommage d’avoir transformé, à certains endroits, un comportement naturel en spectacle organisé. Nous pouvons continuer à nous émerveiller devant les animaux sans avoir besoin de les immobiliser pour obtenir la photographie parfaite. Une chèvre qui choisit de grimper dans un arbre est fascinante. Une chèvre que l’on y installe pour qu’elle pose pour nous raconte une tout autre histoire.


Morocco’s “tree goats”: when a natural behaviour becomes a tourist attraction

South-western Morocco is famous for an image that has become almost iconic: goats perched in argan trees. And contrary to what you might imagine, the behaviour itself is real. Goats are excellent climbers and naturally climb these trees to eat their fruit. The problem begins when that natural curiosity is turned into a permanent tourist display. Some of the famous “tree goats” photographed along the roads are no longer simply animals feeding: they are placed, trained or kept in trees to attract passing cars and earn money from visitors.

A natural behaviour turned into an attraction

Originally, there is nothing scandalous about it: goats really do climb argan trees to reach the fruit. Their agility allows them to move through the branches with remarkable ease. But as photographs of perched goats became increasingly popular and tourists began stopping along certain routes, particularly between Marrakech and Essaouira, a commercial activity developed around the image.

An investigation published by National Geographic documented herders training goats to remain in trees, carrying them up when they refuse to climb and installing small platforms among the branches. Young goats may also be tied to tree trunks for tourist photographs. In other words, seeing a goat in an argan tree does not automatically mean it is being exploited; but when a row of animals remains motionless for hours in a tree beside a tourist road, we are no longer really looking at a spontaneous scene from nature.

Animal welfare behind the pretty photograph

The problem, then, is not a goat climbing a tree. The problem is forcing it to stay there and preventing it from choosing when to come down, drink, eat, find shade or simply move around. Animal-welfare specialists commenting on these practices have highlighted risks including heat stress, dehydration and injury. A veterinarian in Essaouira interviewed by National Geographic, for example, recalled treating a goat for a broken leg after a fall.

That is precisely what makes these attractions deceptive. The photograph looks like an amusing natural phenomenon; the tourist stops, takes a picture, leaves a few dirhams and drives away. They may have no idea how long the animal has been standing there or how it was put into the tree in the first place.

A human reality that should not be ignored

It would, however, be too easy to tell this story simply as a battle between “bad” herders and “good” tourists. Accounts from Morocco also reveal a difficult economic reality. Drought, failed crops and a lack of alternatives have pushed some farmers to turn their goats into attractions because travellers’ tips provide an income. Understanding that reality does not mean approving the practice, but it does help explain why the problem is unlikely to disappear simply by condemning the people involved.

What should you do when you see them?

For me, the answer is fairly simple: watching goats freely climb trees to feed is one thing; paying for a photograph with animals clearly arranged like living props is another. Refusing to pay for such displays removes precisely what makes them profitable. Above all, we need to stop assuming that an attraction is acceptable simply because it is photogenic or presented as a “tradition”.

A final word

Goats climbing argan trees genuinely are one of the extraordinary sights you may encounter in Morocco. That is exactly why it is such a shame that, in some places, a natural behaviour has been turned into an organised spectacle. We can continue to marvel at animals without needing to immobilise them for the perfect photograph. A goat that chooses to climb a tree is fascinating. A goat placed there to pose for us tells a very different story.

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