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Pourquoi avons-nous tellement peur de ne rien faire ?

Il fut un temps où s’asseoir sur un banc ne nécessitait aucune justification.

Aujourd’hui, essayez donc. Au bout de trente secondes, votre main cherchera probablement votre téléphone.

Un message à vérifier. Un mail auquel répondre. Instagram à ouvrir « juste deux minutes ». La météo de jeudi prochain à consulter alors que nous sommes lundi. N’importe quoi, finalement, pourvu que nous puissions éviter cette activité devenue presque indécente :

Ne rien faire.

Être occupé est devenu un signe extérieur de réussite

Demandez à quelqu’un comment il va.

« Débordé. » « Je cours partout. » « Je n’ai pas une minute à moi. »

Curieusement, ces phrases sont rarement prononcées comme l’aveu d’un problème.

Elles ressemblent presque à des décorations militaires. Regardez comme je suis demandé. Regardez comme ma vie est remplie. Regardez comme je suis important.

Nous avons fini par associer l’activité permanente à la réussite. Une personne qui travaille douze heures par jour est « courageuse ». Une personne qui parvient à terminer son travail à 16 heures et part se promener suscite presque des soupçons.

Elle n’a vraiment rien d’autre à faire ?

Même nos loisirs doivent désormais être productifs

Le plus extraordinaire est que nous avons réussi à contaminer notre temps libre.

Il ne suffit plus de marcher. Il faut faire 10 000 pas.

Il ne suffit plus de lire. Il faut lire cinquante livres par an.

On ne cuisine plus tranquillement : on meal prep.

On ne dort plus : on surveille la qualité de son sommeil avec une montre.

Même la méditation, inventée notamment pour ralentir, possède désormais ses objectifs, ses applications, ses statistiques et ses séries de jours consécutifs.

Nous avons réussi à transformer le repos en compétition.

Et puis il y a ce satané téléphone

Il faut lui reconnaître un talent remarquable : il a réussi à supprimer presque tous les petits moments de vide de nos vies.

Autrefois, attendre quelqu’un cinq minutes signifiait attendre quelqu’un cinq minutes.

Aujourd’hui, c’est inconcevable.

Observez une terrasse de café. Une personne attend son compagnon parti aux toilettes ? Téléphone.

Une autre attend son plat ? Téléphone.

Un ascenseur met quinze secondes à arriver ? Téléphone.

Nous ne supportons plus quelques secondes en tête-à-tête avec nous-mêmes. Il faut immédiatement remplir l’espace.

Et à force de remplir chaque seconde, nous avons peut-être fini par supprimer quelque chose dont notre cerveau avait besoin : le vide.

Ne rien faire n’est pourtant pas ne rien faire

C’est là que notre définition est complètement fausse.

Regarder par une fenêtre n’est pas forcément perdre son temps.

S’asseoir dans un jardin non plus.

Prendre un café pendant une heure sans ordinateur posé à côté de soi ne constitue pas une faillite professionnelle.

Marcher sans écouter un podcast destiné à « devenir une meilleure version de soi-même » peut même être assez agréable.

Parce que pendant ces moments apparemment inutiles, quelque chose continue de fonctionner.

Nous pensons. Nous observons. Nous digérons ce que nous avons vécu. Nous faisons des associations. Nous avons des idées. Nous remarquons des choses.

Et parfois, luxe suprême, nous ne faisons absolument rien d’intéressant.

Cela aussi est autorisé.

Il faut maintenant justifier son repos

Quelqu’un qui annonce avoir passé son dimanche à nettoyer sa maison, faire du sport et préparer ses repas pour la semaine reçoit généralement l’approbation générale.

Dites plutôt :

« Je n’ai rien fait. J’ai déjeuné tard, lu quelques pages et passé une heure assis dehors. »

Petit silence.

Puis vient souvent :

« Ah… tu avais besoin de récupérer ? »

Pourquoi faudrait-il nécessairement être épuisé pour avoir le droit de ne rien faire ?

Pourquoi le repos devrait-il être la récompense d’une fatigue suffisamment importante ?

On ne demande pas à quelqu’un qui travaille pourquoi il travaille.

Mais quelqu’un qui se repose semble parfois devoir présenter son dossier.

Attention, quelqu’un est assis sur un banc

Regardez la photo qui accompagne cet article.

Une femme. Moi. Un banc. Un panier de fleurs.

Et, circonstance aggravante : aucun ordinateur ouvert sur les genoux. Elle ne répond visiblement pas à ses mails. Elle ne téléphone pas. Elle ne crée pas de contenu. Elle ne suit pas une formation en ligne. Elle ne semble même pas écouter un podcast expliquant comment devenir millionnaire avant mercredi.

Elle est juste assise. Quelle audace. Et peut-être que cinq minutes après cette photo, elle s’est levée et a continué sa journée. Mais pendant quelques minutes, elle n’avait rien à accomplir.

L’ennui avait peut-être une utilité

Nous avons passé des années à essayer de l’éliminer.

Pourtant, souvenez-vous. Enfant, il arrivait qu’on s’ennuie.

Alors on regardait dehors. On dessinait. On inventait quelque chose. On allait voir ce qui se passait ailleurs.

Aujourd’hui, l’ennui est devenu une sorte d’urgence à traiter immédiatement.

La moindre attente doit être anesthésiée par un écran.

Et je me demande parfois combien d’idées ne naissent plus simplement parce que nous ne laissons plus suffisamment longtemps notre esprit tranquille pour qu’il puisse en avoir.

Essayez quelque chose de terriblement subversif

Demain, asseyez-vous quelque part. Sans objectif. Ne sortez pas immédiatement votre téléphone. Ne photographiez rien. Ne profitez même pas de ce moment pour dresser mentalement la liste de ce que vous devrez faire ensuite. Restez simplement là.

Vous découvrirez peut-être quelque chose d’étrange. Le monde continue de tourner.

Ne rien faire n’est pas du temps perdu.

Le véritable gaspillage serait plutôt de remplir chaque minute de notre existence au point de ne plus jamais avoir le temps de la regarder passer.

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