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Le thylacine … disparu depuis 1936.

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Le thylacine, ou tigre de Tasmanie, possède tout ce qu’il faut pour devenir une légende : un animal étrange, exterminé par l’homme, un dernier individu mort dans un zoo en 1936 et, depuis, des centaines de témoignages affirmant qu’il serait toujours caché quelque part dans les immensités sauvages de Tasmanie. Presque quatre-vingt-dix ans plus tard, une question revient encore : et si nous l’avions déclaré disparu trop tôt ?

Un marsupial qui ressemblait à un loup rayé

Malgré ses surnoms de tigre ou de loup de Tasmanie, Thylacinus cynocephalus n’était ni un félin ni un canidé. C’était un marsupial carnivore et le plus grand de son époque moderne. Son corps allongé, sa queue relativement rigide et surtout les bandes sombres qui striaient son arrière-train lui donnaient cette silhouette immédiatement reconnaissable.

Il n’a pas disparu du continent à cause du dingo en Tasmanie

L’ancienne version de cet article mélangeait deux histoires. Le thylacine vivait autrefois sur le continent australien et en Nouvelle-Guinée, mais il y a disparu il y a environ 3 000 ans. La concurrence avec le dingo fait partie des hypothèses avancées pour expliquer cette disparition continentale. En revanche, le dingo n’était pas présent en Tasmanie : le détroit de Bass avait isolé une population de thylacines qui y survécut jusqu’à l’époque moderne.

La véritable catastrophe arrive avec les colons européens

Après l’installation européenne, les thylacines furent accusés de s’attaquer aux moutons et considérés comme nuisibles. Des primes privées apparurent dès le XIXe siècle, puis le gouvernement tasmanien instaura en 1888 une prime d’une livre pour un adulte et de dix shillings pour un jeune. Plus de 2 000 primes gouvernementales furent versées avant la fin du programme en 1909. La chasse, la destruction et la fragmentation de l’habitat et probablement d’autres facteurs, dont des maladies, participèrent au déclin de l’espèce.

Thylacine au Musée des Sciences Naturelles de Bruxelles

1936 : la mort du dernier thylacine connu

Le dernier thylacine connu dans la nature fut tué en 1930. Un autre individu fut capturé en 1933 dans la Florentine Valley et envoyé au Beaumaris Zoo de Hobart. Il y mourut le 7 septembre 1936, seulement 59 jours après que l’espèce eut enfin reçu une protection légale. On l’a longtemps appelé « Benjamin » et présenté comme un mâle ; des recherches plus récentes ont montré que ces deux éléments de l’histoire n’étaient pas établis.

Le diable de Tasmanie

Et pourtant, les témoignages n’ont jamais cessé

Depuis 1936, des centaines de personnes disent avoir vu un thylacine. Gardes forestiers, habitants, chasseurs et promeneurs ont décrit une silhouette rayée, une démarche inhabituelle ou une longue queue rigide. Des recherches ont été organisées, des caméras installées et d’innombrables photographies ou vidéos examinées. Jusqu’à présent, aucune n’a fourni une preuve concluante : pas d’animal vivant confirmé, pas de carcasse récente, pas d’ADN moderne incontestable.

C’est ce qui rend les anciennes affirmations de cet article trop affirmatives. Des chercheurs amateurs et cryptozoologues ont effectivement défendu l’idée d’une survie dans des régions reculées, mais leur conviction ne constitue pas une preuve scientifique. Les autorités tasmaniennes continuent de considérer l’espèce comme éteinte.

Mais 1936 n’est peut-être pas la véritable date d’extinction

C’est ici que l’histoire devient réellement intéressante. Une étude scientifique publiée en 2023 a analysé 1 237 observations et traces rapportées en Tasmanie depuis 1910 en leur attribuant différents niveaux de fiabilité. Ses auteurs concluent que l’espèce a probablement survécu dans la nature plusieurs décennies après la mort du dernier animal captif ; selon les données de meilleure qualité, la disparition réelle pourrait se situer entre les années 1940 et 1970, tandis que leur modélisation globale permet même une persistance plus tardive. D’autres études statistiques sont beaucoup plus pessimistes et situent l’extinction probable autour de 1940. La science n’affirme donc pas que le thylacine vit encore : elle suggère simplement que la date symbolique de 1936 n’est probablement pas aussi certaine qu’on le croyait.

Le faire revenir ? Une autre histoire commence

Depuis quelques années, des projets de « dé-extinction » promettent de recréer un animal ressemblant au thylacine à partir de matériel génétique ancien et de techniques d’édition du génome. Il ne s’agit pas simplement de cloner un thylacine intact : aucun animal vivant ne fournit aujourd’hui les cellules nécessaires à un clonage classique. Les difficultés scientifiques, biologiques et éthiques restent considérables.

Le mot de la fin

En 2017, lorsque j’ai écrit la première version de cet article, j’espérais encore qu’une caméra finirait par saisir cette silhouette rayée au détour d’une forêt tasmanienne. En 2026, aucune preuve décisive n’est apparue. Je serais donc beaucoup plus prudente aujourd’hui : il est extrêmement improbable qu’une population viable de thylacines ait traversé près d’un siècle sans laisser de trace irréfutable. Mais savoir que l’espèce a peut-être survécu bien après 1936 rend son histoire encore plus poignante. Nous avons passé des décennies à la persécuter, puis nous l’avons protégée lorsqu’il était presque certainement trop tard. Avant de rêver de ressusciter les espèces que nous avons détruites, peut-être faudrait-il commencer par ne pas laisser disparaître celles qui sont encore là.


The thylacine: extinct since 1936… or perhaps a little later?

The thylacine, or Tasmanian tiger, has everything required to become a legend: a strange animal exterminated by humans, a last known individual dying in a zoo in 1936 and, ever since, hundreds of people claiming that it remains hidden somewhere in Tasmania’s vast wilderness. Almost ninety years later, the same question persists: what if we declared it extinct too soon?

A marsupial that looked like a striped wolf

Despite its nicknames of Tasmanian tiger and Tasmanian wolf, Thylacinus cynocephalus was neither a cat nor a dog. It was a carnivorous marsupial and the largest of its kind in modern times. Its elongated body, relatively stiff tail and, above all, the dark stripes across its hindquarters gave it an instantly recognisable silhouette.

It did not disappear from Tasmania because of dingoes

The previous version of this article mixed together two different stories. Thylacines once lived on mainland Australia and in New Guinea, but disappeared from the mainland roughly 3,000 years ago. Competition with dingoes is among the hypotheses proposed for that continental extinction. Dingoes, however, were not present in Tasmania: Bass Strait isolated a thylacine population that survived there into modern times.

The real catastrophe arrived with European settlers

After European settlement, thylacines were blamed for attacks on sheep and treated as vermin. Private bounties appeared during the nineteenth century, followed in 1888 by a Tasmanian government bounty of one pound for an adult and ten shillings for a juvenile. More than 2,000 government bounties were paid before the scheme ended in 1909. Hunting, habitat destruction and fragmentation, and probably other factors including disease, contributed to the species’ decline.

Thylacine at the Museum of Natural Sciences in Brussels

1936: the death of the last known thylacine

The last known thylacine killed in the wild was shot in 1930. Another was captured in the Florentine Valley in 1933 and sent to Beaumaris Zoo in Hobart. It died there on 7 September 1936, only 59 days after the species finally received legal protection. It was long called “Benjamin” and described as male; more recent research has shown that neither part of that familiar story is established fact.

Tasmanian devil

And yet the sightings never stopped

Since 1936, hundreds of people have reported seeing a thylacine. Rangers, residents, hunters and walkers have described a striped silhouette, unusual gait or long stiff tail. Searches have been organised, cameras installed and countless photographs and videos examined. So far, none has produced conclusive evidence: no confirmed living animal, no recent carcass and no indisputable modern DNA.

That is why some of the claims in the old version of this article were too categorical. Amateur researchers and cryptozoologists have certainly argued that the species survived in remote regions, but conviction is not scientific evidence. Tasmanian authorities continue to regard the species as extinct.

But 1936 may not be the true extinction date

This is where the story becomes genuinely interesting. A scientific study published in 2023 analysed 1,237 reported observations and records from Tasmania since 1910, assigning different levels of reliability to them. Its authors concluded that the species probably survived in the wild for decades after the death of the last captive animal; the highest-quality records suggest true extinction may have occurred between the 1940s and 1970s, while their broader modelling allows for even later persistence. Other statistical studies are far more pessimistic and place the most likely extinction around 1940. Science is therefore not saying that thylacines are still alive. It is simply suggesting that the symbolic date of 1936 may not be as certain as we once believed.

Bringing it back? That begins another story

In recent years, “de-extinction” projects have promised to recreate a thylacine-like animal using ancient genetic material and genome-editing techniques. This is not simply a matter of cloning an intact thylacine: no living animal exists to provide the cells required for conventional cloning. The scientific, biological and ethical difficulties remain considerable.

A final thought

When I wrote the first version of this article in 2017, I still hoped a camera might eventually capture that striped silhouette somewhere in a Tasmanian forest. In 2026, no decisive evidence has appeared. I would therefore be much more cautious today: it is extremely unlikely that a viable thylacine population could have survived for almost a century without leaving irrefutable evidence. Yet knowing the species may have persisted well beyond 1936 makes its story even more poignant. We spent decades persecuting it, then protected it when it was almost certainly too late. Before dreaming of resurrecting species we have destroyed, perhaps we should begin by not allowing those still here to disappear.

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