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On prépare un voyage pendant des semaines.
On choisit l’hôtel. On compare les chambres. On réserve les restaurants. On établit l’itinéraire. On repère les endroits à voir, ceux à photographier, ceux qu’il serait presque criminel de manquer puisque tous les guides nous l’ont expliqué.
On organise tout.
Et puis, quelques années plus tard, quand quelqu’un nous demande ce dont nous nous souvenons vraiment… Ce n’est pas forcément de ce qui était prévu et c’est même souvent tout le contraire.
Ce jour-là , nous n’avions pas rendez-vous avec des chevaux
Cette photo en est probablement l’un des meilleurs exemples.
Une route entre Mendocino et Fort Bragg au Nord de la Californie. Une forêt. Une Mustang noire. Des chevaux derrière une clôture.
Rien d’extraordinaire sur le papier.
Ce n’était pas une excursion réservée six mois auparavant. Il n’y avait pas de billet d’entrée, pas de guide, pas de file d’attente et certainement pas de panneau nous indiquant que nous étions arrivées devant l’un des « dix endroits incontournables à voir absolument avant de mourir ».
Nous nous sommes simplement arrêtées pour admirer le paysage et les chevaux sont venus. Un petit moment parfaitement inutile dans l’organisation d’un voyage.
Et pourtant, des années plus tard, la photo existe toujours et le souvenir aussi.
C’est peut-être justement cela qui fait la différence. Nous n’étions pas venues chercher quelque chose. Quelque chose est venu à nous.
À force de vouloir réussir nos voyages, nous risquons parfois de les rater
Nous sommes tous devenus extraordinairement doués pour organiser nos vacances. Avant même d’avoir posé un pied quelque part, nous savons déjà ce que nous allons y faire. Google nous indique où manger. Instagram nous montre où photographier le coucher du soleil. Tripadvisor nous explique ce que nous devons absolument visiter. TikTok nous donne les « hidden gems » que trois millions de personnes ont déjà vues.
Et nous voilà partis avec un planning digne d’un sommet européen.
Mais à force de vouloir rentabiliser chaque journée, une drôle de chose peut arriver :
on n’a plus le temps de laisser le voyage nous surprendre.
Les souvenirs ont leur propre hiérarchie
Notre mémoire ne classe pas nécessairement nos souvenirs en fonction du nombre d’étoiles de l’hôtel ou du prix du billet d’avion.
On peut avoir oublié une suite somptueuse et se souvenir parfaitement d’un chat rencontré devant une épicerie.
On peut avoir visité un monument mondialement célèbre et raconter encore, dix ans plus tard, cette route prise par erreur qui nous a conduits dans un village dont personne n’avait jamais entendu parler.
On peut oublier le nom d’un restaurant gastronomique et se rappeler exactement du goût d’un sandwich mangé sur un muret parce qu’on était affamé.
Et parfois, des chevaux au bord d’une route prennent davantage de place dans nos souvenirs qu’une attraction pour laquelle nous avions payé une petite fortune. C’est assez rassurant, finalement.
Parce que cela signifie que les meilleurs moments ne sont pas nécessairement réservés à ceux qui peuvent se les offrir.
Il faut simplement être disponible lorsqu’ils arrivent.
Il faudrait parfois accepter de perdre du temps
Voilà peut-être ce que nous avons le plus de mal à faire aujourd’hui.
Perdre du temps. S’arrêter sans raison. Changer d’itinéraire.
Rester vingt minutes quelque part alors qu’il n’y a « rien à voir ».
Parler avec quelqu’un alors que ce n’était pas prévu.
Parce que lorsqu’on voyage avec un programme trop serré, l’imprévu devient presque un problème.
Alors que c’est souvent lui qui fabrique les histoires.
Et puis il y a les animaux
Je reconnais volontiers avoir une faiblesse particulière pour eux. Dans mes souvenirs de voyage, ils occupent une place démesurée. Les chiens rencontrés dans une rue, les chats apparus à côté d’une table, les chevaux qui s’approchent d’une clôture…
Ils ne savent évidemment pas que nous sommes en voyage. Ils ignorent complètement notre programme. Et ils se moquent royalement du nombre de kilomètres qu’il nous reste à parcourir avant le soir.
Ils sont simplement lĂ . Et pendant quelques minutes, nous aussi.
C’est probablement pour cela que ces rencontres me plaisent autant. Elles obligent à revenir au présent.
Toutes les belles choses ne méritent pas une réservation
Je continuerai évidemment à préparer mes voyages. À choisir de beaux endroits. À réserver certaines expériences. À vouloir voir ce qui mérite réellement de l’être.
Mais je veux aussi continuer Ă laisser quelques espaces vides dans le programme.
Il faut parfois qu’une journée déraille un peu. Qu’une route ne mène pas exactement là où elle devait mener. Qu’on décide soudainement de s’arrêter.
Et qu’au lieu de regarder sa montre, on reste. Car lorsqu’on rentre chez soi, ce sont souvent ces minuscules parenthèses que l’on raconte. Pas celles que l’on avait soigneusement programmées.
Les plus beaux souvenirs de voyage ont cette insolence : ils arrivent sans réservation.
The best travel memories are never on the itinerary
We spend weeks preparing for a trip.
We choose the hotel. We compare the rooms. We book restaurants. We plan the itinerary. We identify the places to see, the ones to photograph, the ones it would almost be criminal to miss because every guidebook has told us so.
We organise everything.
And then, a few years later, when someone asks us what we truly remember… it is not necessarily what we had planned. In fact, quite often, it is exactly the opposite.
That day, we had no plans to meet horses
This photograph is probably one of the best examples.
A road between Mendocino and Fort Bragg in Northern California. A forest. A black Mustang. Horses behind a fence.
Nothing particularly extraordinary on paper.
This was not an excursion booked six months in advance. There was no admission ticket, no guide, no queue and certainly no sign informing us that we had arrived at one of the “ten unmissable places you absolutely must see before you die”.
We simply stopped to admire the scenery, and the horses came over. A small moment that was completely irrelevant to the organisation of our trip.
And yet, years later, the photograph is still there — and so is the memory.
Perhaps that is precisely what makes the difference. We had not come looking for something. Something came to us.
In trying so hard to make our trips perfect, we sometimes risk missing them
We have all become extraordinarily good at organising our holidays. Before we have even set foot somewhere, we already know what we are going to do there. Google tells us where to eat. Instagram shows us where to photograph the sunset. Tripadvisor explains what we absolutely must visit. TikTok gives us the “hidden gems” that three million people have already seen.
And off we go, armed with a schedule worthy of a European summit.
But when we try to make every single day count, something rather strange can happen:
we no longer have time to let the journey surprise us.
Memories have their own hierarchy
Our memory does not necessarily rank our experiences according to the number of stars a hotel has or the price of the plane ticket.
We can forget a sumptuous suite and remember perfectly a cat we met outside a grocery shop.
We can visit a world-famous monument and still be talking, ten years later, about the wrong turn that led us to a village nobody had ever heard of.
We can forget the name of a Michelin-starred restaurant and remember exactly what a sandwich eaten sitting on a wall tasted like, simply because we were starving.
And sometimes, horses standing beside a road occupy a greater place in our memories than an attraction for which we paid a small fortune. There is something rather reassuring about that.
Because it means that the best moments are not necessarily reserved for those who can afford them.
We simply have to be receptive when they arrive.
Perhaps we should sometimes allow ourselves to waste time
That may well be one of the things we find most difficult to do nowadays.
Waste time. Stop for no particular reason. Change our route.
Stay somewhere for twenty minutes even though there is “nothing to see”.
Talk to someone even though it was not part of the plan.
Because when we travel with an overly tight schedule, the unexpected can almost become a problem.
When, very often, it is precisely what creates the stories.
And then there are the animals
I readily admit to having a particular weakness for them. They occupy a disproportionately large place in my travel memories. The dogs encountered in a street, the cats appearing beside a table, the horses approaching a fence…
They obviously have no idea that we are travelling. They know absolutely nothing about our schedule. And they could not care less how many kilometres we still have to cover before the end of the day.
They are simply there. And for a few minutes, so are we.
That is probably why I love these encounters so much. They force us back into the present.
Not every beautiful experience needs a reservation
Of course, I will continue to plan my trips. To choose beautiful places. To book certain experiences. To want to see the things that genuinely deserve to be seen.
But I also want to continue leaving a few empty spaces in the itinerary.
Sometimes a day needs to go slightly off course. A road needs to lead somewhere other than exactly where it was supposed to. We need to suddenly decide to stop.
And instead of looking at our watch, we stay. Because when we return home, these tiny interludes are often the stories we tell. Not the things we had so carefully planned.
The best travel memories have this wonderful insolence: they arrive without a reservation.
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