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La Jordanie, pays riche en histoire et en paysages spectaculaires, abrite l’un des lieux les plus insolites de la planète : la Mer Morte. Située entre la Jordanie, Israël et la Cisjordanie, cette étendue d’eau hypersaline, appelée Al-Bahr al-Mayyit en arabe, est en réalité un lac sans débouché vers la mer. Son environnement minéral, son histoire et surtout cette étrange sensation de flotter presque sans effort en font une expérience difficile à comparer à une autre.
Un phénomène géologique unique
La Mer Morte occupe le point émergé le plus bas de la planète. Et ce chiffre continue malheureusement d’évoluer : son niveau se situe aujourd’hui autour de 440 mètres sous celui des océans. Sa salinité est près de dix fois supérieure à celle de l’eau de mer. Dans ces conditions extrêmes, poissons et plantes aquatiques ne peuvent pas y vivre, même si certaines formes de vie microscopiques peuvent survivre dans cet environnement très particulier.
Une flottabilité incomparable
C’est évidemment l’expérience que tout le monde veut tenter : s’allonger dans l’eau et flotter sans presque rien faire. La très forte concentration en sels augmente la densité de l’eau et rend le corps particulièrement flottant. La sensation est réellement étrange, presque irréelle. En revanche, mieux vaut éviter de plonger, de mettre la tête sous l’eau ou de s’y baigner avec une petite coupure : le sel se charge alors de vous rappeler très rapidement où vous êtes.
Un immense spa naturel ? À nuancer
La Mer Morte est depuis longtemps associée aux soins de la peau et au bien-être. Ses eaux et ses boues contiennent notamment du magnésium, du calcium et du potassium, et les établissements installés sur ses rives ont développé toute une industrie de soins autour de ces minéraux. S’enduire de boue noire avant de se rincer dans le lac fait d’ailleurs presque partie du rituel. Certaines études ont exploré l’intérêt de traitements utilisant les conditions particulières de la région pour certaines affections cutanées, mais cela ne transforme évidemment pas la Mer Morte en remède universel. Il est donc plus juste de parler d’une longue tradition de bien-être et de traitements spécifiques que de lui attribuer indistinctement des « propriétés thérapeutiques ».
Un lieu chargé d’histoire
La région de la Mer Morte est liée à de nombreux récits bibliques et à des millénaires d’histoire. Sodome et Gomorrhe sont traditionnellement associées à cette région, même si leur localisation historique demeure débattue. Sur la rive occidentale se trouve également Qumrân, célèbre pour les Manuscrits de la Mer Morte découverts à partir de 1947 dans des grottes voisines. Ces textes antiques, rédigés il y a environ deux millénaires, comptent parmi les découvertes archéologiques majeures du XXe siècle.
Une beauté presque irréelle
Il y a aussi le paysage. Les montagnes arides, les falaises minérales et cette étendue d’eau d’un bleu parfois métallique composent un décor étonnamment graphique. À certaines heures, surtout lorsque la lumière descend, les reliefs semblent changer de couleur et le lac devient presque miroir. C’est précisément ce contraste entre un environnement extrêmement aride et une immense surface d’eau qui rend la Mer Morte si photogénique.
Un écosystème qui disparaît sous nos yeux
C’est la partie beaucoup moins idyllique de l’histoire. Le niveau de la Mer Morte baisse depuis des décennies et recule aujourd’hui de plus d’un mètre certaines années. La diminution des apports du Jourdain, les prélèvements d’eau dans le bassin, l’évaporation naturelle très importante et l’exploitation industrielle des minéraux contribuent à cette évolution. Le recul du rivage provoque également l’apparition de milliers de dolines, ces effondrements spectaculaires qui rendent certaines zones dangereuses.
On a longtemps parlé du gigantesque projet de canal Mer Rouge–Mer Morte comme d’une possible solution. Présenter aujourd’hui ce projet comme étant simplement « en cours » serait cependant trompeur : les différentes versions envisagées ont connu de nombreux blocages politiques, financiers et environnementaux. La sauvegarde de la Mer Morte reste donc un problème considérable et, surtout, non résolu.
Le mot de la fin
La Mer Morte est l’un de ces endroits dont on connaît déjà les images avant même d’y aller : quelqu’un flotte sur le dos, parfois un journal à la main, comme pour prouver que la chose est possible. Mais la découvrir réellement est autre chose. Il y a la sensation étrange de l’eau, bien sûr, mais aussi le silence, les montagnes, les couleurs et cette impression de se trouver dans un paysage presque extraterrestre. Et puis il y a cette contradiction : nous venons admirer un phénomène naturel exceptionnel au moment même où celui-ci disparaît progressivement. Une raison supplémentaire, peut-être, de ne pas considérer sa présence comme acquise.
The Dead Sea: floating and mysteries in the heart of Jordan
Jordan, a country rich in history and spectacular landscapes, is home to one of the most unusual places on the planet: the Dead Sea. Lying between Jordan, Israel and the West Bank, this hypersaline body of water is actually a landlocked lake. Its mineral landscape, its history and, above all, the strange sensation of floating almost effortlessly make it an experience unlike almost any other.
A unique geological phenomenon
The Dead Sea occupies the lowest exposed point on Earth. Unfortunately, that figure continues to change: its surface now lies around 440 metres below ocean level. Its salinity is almost ten times that of seawater. Fish and aquatic plants cannot survive in such extreme conditions, although certain microscopic forms of life can tolerate this highly unusual environment.
Extraordinary buoyancy
This is, of course, the experience everyone wants to try: lying back in the water and floating with almost no effort. The exceptionally high concentration of salts increases the density of the water and makes the human body remarkably buoyant. The sensation really is strange, almost unreal. Diving, putting your head underwater or entering with even a small cut, however, is best avoided: the salt will very quickly remind you exactly where you are.
A vast natural spa? Not quite so simple
The Dead Sea has long been associated with skincare and wellbeing. Its water and mud contain minerals including magnesium, calcium and potassium, and the resorts along its shores have developed an entire treatment industry around them. Covering yourself in black mud before rinsing off in the lake has almost become part of the ritual. Research has explored the use of the region’s particular conditions in treatments for certain skin disorders, but that obviously does not turn the Dead Sea into a universal remedy. It is more accurate to speak of a long tradition of wellbeing and specific treatments than to attribute indiscriminate “therapeutic properties” to it.
A place steeped in history
The Dead Sea region is connected with numerous biblical narratives and thousands of years of history. Sodom and Gomorrah are traditionally associated with this area, although their historical location remains debated. On the western shore lies Qumran, famous for the Dead Sea Scrolls discovered from 1947 onwards in nearby caves. Written around two thousand years ago, these ancient texts rank among the great archaeological discoveries of the twentieth century.
An almost unreal beauty
Then there is the landscape. Arid mountains, mineral cliffs and water that can take on an almost metallic blue create an extraordinarily graphic setting. At certain times of day, particularly as the light falls, the mountains appear to change colour and the lake becomes almost mirror-like. It is precisely this contrast between an extremely arid environment and an immense expanse of water that makes the Dead Sea so photogenic.
An ecosystem disappearing before our eyes
This is the far less idyllic part of the story. The Dead Sea’s level has been falling for decades and in some years now drops by more than a metre. Reduced inflow from the Jordan River, water extraction across the basin, intense natural evaporation and industrial mineral extraction all contribute to the decline. The retreating shoreline has also triggered thousands of sinkholes, dramatic collapses that have made some areas dangerous.
For years, the enormous Red Sea–Dead Sea project was discussed as a possible solution. Describing it today simply as a project “under way”, however, would be misleading: different versions have encountered major political, financial and environmental obstacles. Saving the Dead Sea therefore remains an enormous and, above all, unresolved challenge.
A final thought
The Dead Sea is one of those places whose images we know before we ever arrive: someone floating on their back, occasionally holding a newspaper as if proof were still required. Experiencing it in person is another matter. There is the peculiar sensation of the water, of course, but also the silence, the mountains, the colours and the impression of standing in an almost extraterrestrial landscape. And then comes the contradiction: we travel here to admire an extraordinary natural phenomenon at the very moment it is gradually disappearing. Perhaps that is one more reason not to take its existence for granted.
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