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À Deshnoke, à une trentaine de kilomètres de Bikaner au Rajasthan, se trouve un temple qui oblige même les voyageurs les moins impressionnables à regarder où ils mettent les pieds. Le Karni Mata Temple est célèbre pour les milliers de rats qui circulent librement dans son enceinte. Ici, ils ne sont ni chassés ni considérés comme nuisibles : ces kabbas sont sacrés et protégés par une tradition religieuse liée à Karni Mata.
Une légende de mort et de réincarnation
Karni Mata est une figure religieuse particulièrement vénérée au Rajasthan et notamment par la communauté Charan. Plusieurs versions de la légende expliquent la présence des rats. Selon celle racontée par le tourisme officiel du Rajasthan, Laxman, l’un des fils de Karni Mata, se noya. Karni Mata demanda alors à Yama, dieu de la mort, de le ramener à la vie. Après avoir d’abord refusé, Yama aurait finalement accepté que Laxman et les descendants masculins de Karni Mata soient réincarnés sous forme de rats.
Comme souvent avec les récits religieux transmis pendant des générations, les versions varient. L’important n’est donc pas de chercher laquelle serait historiquement « vraie », mais de comprendre que les rats du temple sont liés à un cycle de réincarnation et non simplement adorés comme des divinités indépendantes.
Plus de 25 000 rats dans un temple de marbre
Le bâtiment actuel a été achevé au début du XXe siècle sous Maharaja Ganga Singh de Bikaner. Sa façade de marbre et ses portes d’argent finement travaillées contrastent avec ce qui attire immédiatement le regard à l’intérieur : selon le département du tourisme du Rajasthan, plus de 25 000 rats vivent dans le complexe.
Les fidèles leur offrent notamment grains, lait et aliments sucrés. Voir l’un des rares rats blancs est traditionnellement considéré comme particulièrement favorable. Les visiteurs doivent enlever leurs chaussures comme dans de nombreux temples indiens, ce qui donne évidemment à l’expérience une dimension très particulière lorsque des dizaines de petits habitants traversent le sol autour de vos pieds.
Un lieu religieux avant d’être une curiosité touristique
Pour un visiteur étranger, l’endroit peut sembler spectaculaire, étrange, voire difficile à envisager. Pour les fidèles, ce n’est pas un « temple bizarre » construit pour amuser les touristes. C’est d’abord un lieu de dévotion consacré à Karni Mata. Cette différence de perspective est importante : photographier les rats est une chose, comprendre que l’on se trouve dans un sanctuaire religieux en est une autre.
Sacrés, mais toujours des rats
Les rats circulent librement dans le temple et des dispositifs servent notamment à limiter l’accès des prédateurs. Il serait cependant exagéré de transformer le lieu en modèle scientifique de « sanctuaire animalier urbain » ou d’affirmer sans source précise que chaque animal bénéficie de soins vétérinaires. Ce que l’on peut dire avec certitude est plus intéressant : une communauté humaine organise un espace religieux autour de la présence permanente de milliers de rats et leur attribue un statut que notre regard occidental associe rarement à cet animal.
Le mot de la fin
Le Karni Mata Temple est précisément le genre d’endroit qui rappelle à quel point nos réactions face aux animaux sont culturelles. Dans une ville européenne, quelques rats suffisent à déclencher une dératisation. À Deshnoke, des milliers d’entre eux vivent au cœur d’un temple, sont nourris et considérés comme sacrés. On peut trouver cela fascinant, déconcertant ou franchement difficile si l’on a une phobie des rongeurs. Mais une chose est certaine : difficile de sortir de Karni Mata avec l’impression d’avoir visité un temple comme les autres.
Karni Mata Temple: inside India’s extraordinary Temple of Rats
In Deshnoke, around thirty kilometres from Bikaner in Rajasthan, stands a temple that makes even the least squeamish traveller pay close attention to where they put their feet. Karni Mata Temple is famous for the thousands of rats roaming freely throughout its precincts. Here they are neither chased away nor treated as pests: these kabbas are sacred and protected by a religious tradition connected with Karni Mata.
A legend of death and reincarnation
Karni Mata is a religious figure particularly revered in Rajasthan and especially by the Charan community. Several versions of the legend explain the presence of the rats. According to the account given by Rajasthan’s official tourism department, Laxman, one of Karni Mata’s sons, drowned. Karni Mata then asked Yama, god of death, to restore him to life. After initially refusing, Yama is said eventually to have agreed that Laxman and Karni Mata’s male descendants would be reincarnated as rats.
As with many religious stories passed down through generations, versions vary. The important point is not to decide which is historically “true”, but to understand that the temple rats are connected with a cycle of reincarnation rather than simply worshipped as independent deities.
More than 25,000 rats in a marble temple
The present building was completed in the early twentieth century under Maharaja Ganga Singh of Bikaner. Its marble façade and finely worked silver doors contrast with what immediately catches the eye inside: according to Rajasthan’s tourism department, more than 25,000 rats inhabit the complex.
Devotees offer them grain, milk and sweet foods. Seeing one of the rare white rats is traditionally considered particularly auspicious. Visitors remove their shoes, as in many Indian temples, which naturally gives the experience a rather distinctive dimension when dozens of tiny residents are scurrying across the floor around your feet.
A religious site before a tourist curiosity
To a foreign visitor, the place may appear spectacular, strange or even difficult to contemplate. For devotees, however, this is not a “weird temple” created to entertain tourists. It is first and foremost a place of devotion dedicated to Karni Mata. That difference in perspective matters: photographing the rats is one thing; understanding that you are standing in a religious sanctuary is another.
Sacred, but still rats
The rats move freely throughout the temple, with measures used to limit access by predators. It would, however, be an exaggeration to turn the site into a scientific model of an “urban animal sanctuary” or claim without precise evidence that every animal receives veterinary care. What can be said with certainty is more interesting: a human community organises a religious space around the permanent presence of thousands of rats and gives them a status rarely associated with this animal through Western eyes.
A final thought
Karni Mata Temple is precisely the sort of place that reminds us how culturally shaped our reactions to animals can be. In a European city, a handful of rats can be enough to trigger pest control. In Deshnoke, thousands live at the heart of a temple, are fed and regarded as sacred. You may find it fascinating, bewildering or frankly difficult if rodents are your particular nightmare. One thing is certain: it is hard to leave Karni Mata feeling that you have visited just another temple.
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