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Roswell, ville empreinte de soufre et de surnaturel, a toujours été pour moi une énigme. Qui ne rêve de percer ce mystère vieux de près de 80 ans ? Alors, comme je suis une incorrigible curieuse, j’ai décidé de me rendre sur place pour une petite enquête à ma façon.
Que s’est-il passé en juillet 1947 près de Roswell, au Nouveau-Mexique ? Avons-nous reçu il y a plus d’un demi-siècle la visite de créatures de l’espace ? Et si tout cela était vrai ? Si les mythes, les légendes urbaines et les histoires de petits hommes verts étaient finalement réels ?
Roswell est une ville américaine située au sud-est de l’État du Nouveau-Mexique. Après notre périple au Texas, cap sur le Nouveau-Mexique pour tenter d’en savoir plus. Quelques heures et un défilé de magnifiques paysages arides plus tard, nous voilà enfin arrivés à destination.
Première impression : rien ne différencie Roswell de beaucoup d’autres villes américaines, si ce n’est les milliers de visuels de martiens un peu partout. Il y en a pour tout le monde : vitrines, souvenirs, enseignes, mugs, restaurants, murs… Le folklore made in USA est partout à Roswell.
Après avoir cherché ce qui pourrait être assez original pour capter notre attention, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait rien de plus emblématique que nos amis (ou pas) martiens. La ville est remplie de curieux et de passionnés, comme nous, à la recherche du moindre indice attestant de l’existence des extraterrestres. Nous nous sommes donc dirigés vers le musée consacré à l’incident de Roswell pour en savoir un peu plus sur le déroulement des faits.
Le responsable qui nous a guidés était intarissable sur le sujet et maîtrisait les moindres détails de l’affaire. Il faut avant tout rappeler que Roswell avait une importance militaire considérable à l’époque : le 509th Bomb Group, basé à Roswell Army Air Field, était alors la seule unité au monde dotée d’une capacité de bombardement atomique.
Ce qui est établi
Au début de juillet 1947, l’éleveur W.W. « Mac » Brazel découvrit des débris inhabituels sur un ranch situé à une centaine de kilomètres de Roswell. Il en informa le shérif George Wilcox, qui contacta la base militaire. Le major Jesse Marcel, officier de renseignement du 509th Bomb Group, participa à la récupération des débris.
Le 8 juillet 1947, Roswell Army Air Field publia un communiqué annonçant avoir récupéré un « flying disc ». L’annonce fit immédiatement sensation. Quelques heures plus tard, le général Roger Ramey, à Fort Worth au Texas, présenta les débris à la presse comme ceux d’un ballon météorologique et de son réflecteur radar. Cette contradiction spectaculaire est devenue le cœur du mystère Roswell.
Pendant des décennies, cette première explication officielle alimenta les soupçons. En 1994, l’US Air Force conclut que les débris provenaient très probablement du projet MOGUL, un programme alors hautement secret utilisant des trains de ballons et des équipements acoustiques et radar afin de détecter à longue distance d’éventuels essais nucléaires soviétiques. Le secret entourant ce programme explique en partie pourquoi l’armée n’avait pas donné en 1947 une explication complète de ce qui avait été récupéré.
Les témoignages qui ont construit la légende
C’est surtout plusieurs décennies après les faits que Roswell devint l’immense affaire ufologique que nous connaissons. À partir de la fin des années 1970, Jesse Marcel affirma notamment que les débris qu’il avait manipulés ne ressemblaient à rien de connu. D’autres récits apparurent ensuite : témoins disant avoir aperçu un appareil, créatures non humaines, corps récupérés par l’armée, menaces imposant le silence, infirmière ayant assisté à une autopsie, pilotes ayant transporté des cadavres… Ces témoignages ont nourri la légende, mais ils ne constituent pas des faits historiquement établis et certains sont apparus des décennies après 1947.
Le récit attribué à Grady « Barney » Barnett, selon lequel il aurait vu un appareil et plusieurs corps, fait partie de ces témoignages tardifs. De même, des histoires attribuées à Pappy Henderson, Philip Corso, Joseph Montoya ou à une mystérieuse infirmière sont régulièrement citées dans la littérature ufologique. Elles sont fascinantes, mais doivent être présentées comme des témoignages ou des récits contestés, et non comme la preuve qu’un vaisseau extraterrestre s’est écrasé à Roswell.
La célèbre vidéo d’une prétendue autopsie extraterrestre, diffusée mondialement à partir de 1995, a elle aussi renforcé le mythe. Elle n’est cependant pas considérée comme une preuve authentique de l’incident de 1947.
Dans son rapport complémentaire publié en 1997, l’Air Force a tenté d’expliquer une partie des récits de corps extraterrestres par des souvenirs déformés ou amalgamés avec des événements militaires ultérieurs, notamment des essais de mannequins anthropomorphes menés dans les années 1950 ainsi que deux accidents impliquant du personnel militaire. Cette explication reste contestée par les partisans de la thèse extraterrestre, notamment parce que ces événements sont postérieurs à 1947.
En 1995, le Government Accountability Office américain a également recherché les archives fédérales relatives à Roswell. Il constata que certains dossiers administratifs de Roswell Army Air Field avaient été détruits, sans pouvoir déterminer quand ni sur ordre de qui. Le GAO ne découvrit cependant aucun document gouvernemental établissant la récupération d’un appareil ou de corps extraterrestres.
Alors, que s’est-il réellement passé ?
La version officielle américaine reste celle d’un équipement lié au projet MOGUL. Aucun document officiel rendu public n’a démontré qu’un vaisseau extraterrestre ou ses occupants avaient été récupérés à Roswell. Cela n’empêche évidemment pas les théories alternatives de continuer à prospérer : pour beaucoup de passionnés, les changements de version de l’armée, le secret militaire de l’époque et les témoignages ultérieurs suffisent à entretenir le doute.
Des théories encore plus spectaculaires ont affirmé que des technologies extraterrestres récupérées à Roswell auraient permis aux États-Unis de développer les fibres optiques, les circuits intégrés ou de nouveaux systèmes de propulsion. Aucune preuve historique ou scientifique solide ne permet cependant d’établir ce lien.
Aujourd’hui encore, l’affaire Roswell demeure l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire de l’ufologie. Beaucoup des témoins de cette époque ne sont plus de ce monde et ne peuvent plus nous raconter ce qu’ils ont vu ou entendu. Les passionnés restent convaincus que quelque chose d’extraordinaire a eu lieu ; les documents officiels disponibles conduisent, eux, à une explication militaire liée au projet MOGUL.
Il serait très présomptueux de notre part de penser que nous sommes les seuls à peupler la galaxie. Mais entre croire que la vie existe ailleurs dans l’Univers et affirmer qu’un vaisseau extraterrestre s’est écrasé à Roswell en 1947, il reste un immense pas que les preuves disponibles ne permettent pas de franchir.
Sans réponse capable de satisfaire tout le monde et la tête remplie d’encore plus d’interrogations, nous avons terminé la journée autour d’un hamburger accompagné d’une boisson servie dans un verre au visuel… martien !
The Roswell File
Roswell, a town steeped in mystery and the supernatural, has always fascinated me. Who has never dreamed of solving a mystery that is now nearly 80 years old? Being incurably curious, I decided to go there and conduct a little investigation of my own.
What really happened near Roswell, New Mexico, in July 1947? Did creatures from outer space visit us more than half a century ago? And what if it were all true? What if the myths, urban legends and stories of little green men were real after all?
Roswell is an American city in south-eastern New Mexico. After our journey through Texas, we headed into New Mexico to find out more. A few hours and a succession of magnificent arid landscapes later, we finally reached our destination.
My first impression was that little distinguished Roswell from many other American towns — except for the thousands of alien images everywhere. Shop windows, souvenirs, signs, mugs, restaurants and walls: there is something for everyone. Made-in-USA alien folklore is everywhere in Roswell.
After looking for something original enough to capture our attention, we realised that nothing was more emblematic than our alien friends — or perhaps not friends. The town is full of curious visitors and enthusiasts, like us, searching for the slightest clue to extraterrestrial life. We therefore headed to the museum devoted to the Roswell incident to learn more about what happened.
Our guide was inexhaustible on the subject and knew every detail of the case. It is important to remember that Roswell was of considerable military importance at the time: the 509th Bomb Group, based at Roswell Army Air Field, was then the world’s only atomic-bomb-capable unit.
What we know happened
In early July 1947, rancher W.W. “Mac” Brazel discovered unusual debris on a ranch roughly 60 miles from Roswell. He informed Sheriff George Wilcox, who contacted the military base. Major Jesse Marcel, an intelligence officer with the 509th Bomb Group, took part in recovering the debris.
On 8 July 1947, Roswell Army Air Field issued a press release announcing that it had recovered a “flying disc”. The announcement immediately caused a sensation. Only hours later, General Roger Ramey in Fort Worth, Texas, showed debris to the press and identified it as a weather balloon and radar reflector. That spectacular contradiction became the heart of the Roswell mystery.
For decades, that first official explanation fuelled suspicion. In 1994, the US Air Force concluded that the debris most probably came from Project MOGUL, a then highly secret programme using balloon trains, acoustic equipment and radar targets in an attempt to detect Soviet nuclear tests at long range. The secrecy surrounding the programme helps explain why the military did not give a complete account in 1947 of what had been recovered.
The testimony that built the legend
Roswell only became the enormous UFO story we know today several decades after the event. From the late 1970s onwards, Jesse Marcel claimed that the debris he had handled resembled nothing he knew. Other accounts followed: witnesses who said they had seen a craft, non-human creatures, bodies recovered by the military, threats intended to enforce silence, a nurse who had supposedly witnessed an autopsy, and pilots said to have transported bodies. These stories helped build the legend, but they are not established historical facts, and some emerged decades after 1947.
The story attributed to Grady “Barney” Barnett, who allegedly saw a craft and several bodies, is one of those later accounts. Stories involving Pappy Henderson, Philip Corso, Joseph Montoya and a mysterious nurse are likewise frequently cited in UFO literature. They are fascinating, but should be treated as testimony or disputed stories rather than proof that an extraterrestrial spacecraft crashed at Roswell.
The famous film of an alleged alien autopsy, broadcast around the world from 1995 onwards, further strengthened the myth. It is not, however, regarded as authentic evidence of the 1947 incident.
In a follow-up report published in 1997, the Air Force attempted to explain some accounts of alien bodies as distorted or merged memories of later military events, including anthropomorphic dummy tests conducted in the 1950s and two accidents involving military personnel. Supporters of the extraterrestrial theory dispute this explanation, particularly because those events occurred after 1947.
In 1995, the US Government Accountability Office also searched federal records relating to Roswell. It found that some administrative records from Roswell Army Air Field had been destroyed, without being able to determine exactly when or under whose authority. The GAO nevertheless found no government document establishing that an extraterrestrial craft or alien bodies had been recovered.
So what really happened?
The official US explanation remains equipment associated with Project MOGUL. No publicly released official document has demonstrated that an extraterrestrial spacecraft or its occupants were recovered at Roswell. That has not stopped alternative theories from thriving: for many enthusiasts, the military’s changing explanations, the secrecy of the period and later witness accounts are enough to keep doubts alive.
Even more spectacular theories have claimed that alien technology recovered at Roswell enabled the United States to develop fibre optics, integrated circuits or new propulsion systems. There is, however, no solid historical or scientific evidence establishing such a connection.
Even today, the Roswell incident remains one of the most famous episodes in the history of ufology. Many witnesses from that era are no longer alive to tell us what they saw or heard. Enthusiasts remain convinced that something extraordinary happened; the available official records, on the other hand, point to a military explanation involving Project MOGUL.
It would be rather presumptuous to assume that we are the only life in the galaxy. But there is an enormous leap between believing that life exists elsewhere in the Universe and stating that an extraterrestrial spacecraft crashed at Roswell in 1947 — a leap the available evidence does not allow us to make.
Without an answer capable of satisfying everyone, and with our heads filled with even more questions, we ended the day over a hamburger and a drink served in a glass decorated with… an alien!

